Iran
Amirpasha Tavakkoli : “En Iran, la République islamique n’a plus aucune légitimité”
Place Valiasr, dans le centre de Téhéran (Iran), le 10 mars 2026. Sur l’affiche, de g. à dr. : l’ayatollah Rouhollah Khomeini et son successeur, le défunt ayatollah Ali Khamenei, qui remet le drapeau national à son fils et nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei. © AFP
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Alors que l’on s’interroge sur la capacité du régime à résister aux bombardements des États-Unis et d’Israël, ce politiste d’origine iranienne qui publie avec Stéphanie Roza Lumières et Anti-Lumières en Iran. Un siècle de luttes politiques (PUF, 2026) montre que la société y rejette depuis très longtemps la mainmise du théologico-politique.
Quelle est votre relation avec l’Iran ?
Amirpasha Tavakkoli : Mes proches sont en Iran et j’y ai fait une grande partie de mes études. J’ai quitté le pays dans le courant des années 2000 pour poursuivre mon cursus à Paris, car je m’intéressais aux Lumières, à la Révolution française et à la question de l’émancipation. J’y ai fait une thèse sur le débat britannique sur la Révolution française, en examinant les arguments philosophiques qui opposent partisans et adversaires anglais de la Révolution. En Iran, dans le département de sociologie de l’université Ferdowsi de Mashhad, au nord-est de l’Iran où je faisais mes études, j’avais buté sur la censure. Lors de mon mémoire, on me disait sans cesse « vous ne pouvez pas dire ceci et cela ». Et puis en 2009, j’ai participé au « mouvement vert », le soulèvement contre la fraude électorale qui avait permis au président Mahmoud Ahmadinejad de rester au pouvoir, en dépit de sa défaite face au candidat de l’opposition réformiste. On entendait déjà des slogans comme « Mort à Khamenei » et la répression était extrêmement sanglante. C’est alors que nous avions compris qu’il était inutile d’espérer que le camp dit « modéré » puisse l’emporter et apporter une ouverture. La République islamique n’était pas réformable de l’intérieur.
“En 2009, nous avons compris que la République islamique n’est pas réformable de l’intérieur”
Comment vivez-vous, à distance, depuis la France, la guerre initiée par les États-Unis et Israël contre la République islamique ?
Comme le régime a coupé internet et les réseaux, je n’ai plus que des contacts aléatoires via le téléphone fixe avec mes proches, souvent la nuit ou tôt le matin. Et je suis évidemment très inquiet. Après la répression de janvier qui a décimé plusieurs dizaines de milliers de personnes et mis un nombre équivalent en prison, c’est comme si une succession de cataclysmes se déversait sur la société iranienne. Aujourd’hui, entre la répression de la République islamique, qui continue, et les bombes de la coalition, la société iranienne semble prise en étau. Mais il faut bien comprendre que même si les gens sont très inquiets, une partie significative des Iraniens a accueilli avec enthousiasme les bombardements américains et israéliens. Les premiers soirs où les bombes sont tombées sur les bâtiments officiels, l’Iran était en fête. Tous mes amis et tous mes proches sont sortis klaxonner, danser et chanter ! Aujourd’hui, nous espérons une seule chose : que le régime tombe ! Or la répression continue sous les bombes : le jour de la mort de Khamenei, les gardiens de la révolution tiraient sur tous ceux qui se réjouissaient sur les toits ! Et dans les prisons, elle s’abat en silence sur les milliers de personnes qui ont été arrêtées en janvier et qui ont rejoint la cohorte des milliers de prisonniers politiques.
Est-ce que la chute du régime vous semble un objectif raisonnable, compte tenu de sa puissance répressive à l’intérieur et destructrice à l’extérieur ?