Dossier / “Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ?”
Ukraine-Russie : qui va gagner la paix ? L'analyse de Michel Eltchaninoff
Donald Trump, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky. © Brendan Smialowski/AFP © Dawoud Abu Alkas/Reuters
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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 février 2025.
Comment faire cesser la guerre en Ukraine, alors qu’aucune des parties ne semble en mesure de l’emporter et que les mois qui passent épuisent les belligérants ? Faut-il privilégier le compromis à tout prix, la paix par la force chère à Donald Trump ou la voie de la justice ? Voyons laquelle de ces options a le plus de chances de l’emporter.
Établir la paix entre un agresseur et un agressé est un art délicat. Si La Fontaine devait écrire une fable à ce sujet, il dirait sans doute : attendons que le fruit de la paix soit mûr à point, puis secouons l’arbre pour le cueillir sans le gâter. Mais pas trop fort quand même, afin de ne pas casser la branche. Voyons si Poutine, Zelensky et Trump pourront y parvenir.
Du point de vue temporel, les étoiles semblent alignées. Tout le monde semble prêt à faire taire le bruit des armes, l’élection américaine fournit l’occasion de changer la donne, mais le processus prendra sans doute plus de temps que prévu. Les Ukrainiens agressés combattent en effet depuis trois années. Ils ont contrecarré la prise de Kyiv, ont fait reculer l’agresseur et l’empêchent de mener des offensives massives. Ils n’ont pas cédé malgré les bombardements, les coupures d’eau et de courant. Reste qu’un cinquième de leur territoire est occupé, et l’armée ukrainienne a peu de chances de le récupérer à court terme. Les soldats du front ne savent toujours pas quand ils seront démobilisés. L’Ukraine manque d’hommes, d’armes et de munitions. Les sondages montrent depuis quelques mois une augmentation du nombre d’Ukrainiens favorables à des négociations. Du côté de la société russe, Vladimir Poutine fait tout pour maintenir une sensation de normalité en temps d’« opération militaire spéciale ». Les troupes sont constituées en majorité de volontaires venus des régions les plus déshéritées du pays. Cependant, l’économie de guerre – qui consiste à investir des sommes énormes pour fabriquer des objets voués à exploser – et les sanctions occidentales pèsent sur l’économie. Un sondage indépendant de décembre dernier atteste que 54 % des Russes veulent la fin du conflit – contre 37 % favorables à sa poursuite. Ils sont davantage fatigués de la guerre que les Ukrainiens. Le temps de la mort et de la destruction a fait son œuvre. Les deux sociétés semblent donc mûres pour essayer de trouver des compromis.
Afin que chacun fasse un pas vers l’autre, un autre élément de timing est essentiel : l’irruption d’un conciliateur énergique. L’élection de Donald Trump paraît tomber à pic pour tourner la page du conflit. On constate en effet que l’arrivée au pouvoir du candidat républicain n’a pas forcément été reçue comme une catastrophe en Ukraine. De nombreux analystes ont considéré que son côté imprévisible, sa vanité, son goût pour le rapport de force permettraient de jouer un coup de poker gagnant contre Vladimir Poutine. Volodymyr Zelensky s’est fait le porte-parole de cet espoir en saluant l’élection du candidat républicain – pourtant connu pour son tropisme pro-russe, son désintérêt pour l’Europe démocratique et un certain mépris envers le président ukrainien.