Nos grandes questions

“Sommes-nous en avant-guerre ?” La grande question de Michel Eltchaninoff

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“Sommes-nous en avant-guerre ?” La grande question de Michel Eltchaninoff

©Alexa Brunet/Pink/saif images

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine, en kiosque le 04 juin 2026.

Nous avons cru que les grands conflits entre États allaient disparaître au profit du droit et du « doux commerce ». Pourtant, la menace d’un embrasement ne cesse de croître. Michel Eltchaninoff se demande ici si se préparer à la guerre, ce n’est pas déjà la faire.

 

Il faut être « prêt à accepter de perdre ses enfants » dans la guerre. Qui aurait imaginé il y a cinq ans qu’un chef d’état-major des armées françaises prononce ces mots ? Le Premier ministre polonais Donald Tusk affirmait, quant à lui, dès 2024 que « l’ère de l’avant-guerre » avait débuté en Europe. Faut-il prendre ces avertissements au sérieux ? Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, une grande guerre entre États en Europe est revenue dans le domaine du possible. Est-elle pour autant devenue certaine ? Certains indices le laissent penser. Le budget des armées augmente fortement dans de nombreux pays du monde. 36 milliards de dépenses militaires supplémentaires viennent d’être approuvés par les députés français. Les autres pays ne sont pas en reste, puisque la hausse des dépenses militaires atteint 2 500 milliards dans le monde, la Chine et les États-Unis atteignant la moitié du total. Les carnets de commandes des industries de l’armement sont pleins. L’accord New Start entre les États-Unis et la Russie sur la limitation des armes nucléaires a expiré en début d’année. Le bilan humain des guerres actuelles est ahurissant : un demi-million de tués en Ukraine et en Russie – le plus grand massacre depuis la Seconde Guerre mondiale –, sans doute 70 000 morts à Gaza. Et il y a tant de conflits meurtriers dont les médias parlent peu, les guerres civiles au Soudan ou au Myanmar notamment. Quand les uns se préparent à la guerre, les autres la font déjà. 

En ce qui concerne les Européens, un fait nouveau donne à penser qu’une guerre directe avec la Russie n’est plus du tout à exclure. Donald Trump ne garantit plus la sécurité du Vieux Continent. Sur ce point, il est constant. Il l’écrivait déjà dans les années 1980. Il l’a répété cruellement lors de sa campagne : « Non, je ne vous protégerai pas. En fait, j’encouragerai [les Russes] à faire ce qu’ils veulent. » Il commence aujourd’hui à retirer ses troupes. Face à une Russie qui a fait de la guerre sa raison d’être, nous sommes seuls – comme nous le sommes face aux velléités impériales de la première puissance mondiale ou d’autres prédateurs. 

Même avec les parapluies nucléaires français et britannique, il est évident que nous ne sommes pas prêts à faire face militairement à une agression de grande échelle, ni même à sacrifier des vies pour défendre les pays baltes ou la Moldavie. Nous sommes également très loin de nous unir politiquement pour nous serrer la ceinture au nom du réarmement et nous défendre contre des actions de déstabilisation ou des attaques hybrides qui ont déjà débuté. La Russie dispose d’une rare fenêtre d’opportunité pour lancer une nouvelle agression. Faut-il admettre alors que nous sommes en avant-guerre ? Il y a plusieurs objections à cette hypothèse. Mais aussi, malheureusement, quelques arguments pour. 

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