Entretien
Susan Neiman : “Le ‘wokisme’ est l’une des raisons de la victoire de Trump”
Susan Neiman. © Daniel Hofer/Laif/REA
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La philosophe américaine Susan Neiman, notamment autrice de Penser le mal. Une autre histoire de la philosophie (Premier Parallèle, 2022) et de La gauche n’est pas woke (Climats, 2024), réagit à l’élection de Donald Trump.
Si elle considère qu’il incarne désormais une figure fasciste, elle est sévère avec le courant « woke », qu’elle juge en partie responsable de la victoire du candidat républicain.
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Quelle a été votre réaction en découvrant les résultats de l’élection ?
Susan Neiman : Je suis encore sous le choc et j’ai du mal à y croire. Je dois être encore dans la première des « cinq phases du deuil » [celle du déni]. Certains commentateurs étrangers répètent qu’en 2016 [à la première élection de Trump], le monde ne s’est pas arrêté. Ils oublient cependant que beaucoup de choses ont changé depuis. Tout d’abord, la Cour suprême est désormais entièrement du côté de Trump. En juillet dernier, elle a accordé au président l’immunité pour tout acte criminel. Dans son contre-argumentaire, la juge Sonia Sotomayor déplorait qu’avec cette décision, le président pouvait désormais tirer sur quelqu’un de l’opposition et ne pas être poursuivi s’il prétendait qu’il avait agi dans le cadre de ses fonctions. Ce principe du chef est dévastateur. En 2016, on pouvait s’en remettre au système de checks and balances [freins et contrepoids], et espérer que Trump ne puisse pas gouverner par la force. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Les Républicains ont la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants.