Donald Trump à la Maison Blanche

Élections américaines : peut-on vraiment “trumper” tout le monde deux fois ?

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Élections américaines : peut-on vraiment “trumper” tout le monde deux fois ?

Donald Trump entouré de son soutien et nouveau conseiller spécial, l’entrepreneur Elon Musk (à gauche), et de son colistier et nouveau vice-président, J. D. Vance, à Butler (Pennsylvanie),le 5 octobre. © Anna Moneymaker/Getty Images/AFP

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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine, en kiosque le 05 décembre 2024.

Après la réélection de Donald Trump le 5 novembre dernier, suivie par l’éclatante victoire du Parti républicain au Congrès, nous avons interrogé trois philosophes qui connaissent intimement les États-Unis – François Noudelmann, Susan Neiman et Hans Ulrich Gumbrecht. Ils dessinent, au-delà de la rhétorique populiste, l’existence d’un projet politique d’autant plus inquiétant qu’il est cohérent. 

 

L’un des problèmes avec Donald Trump, c’est qu’il est difficile de savoir s’il est fou ou rusé, stupide ou d’une intelligence machiavélique. Et s’il en est ainsi, c’est qu’il n’a de cesse de manifester un rapport troublant à la réalité. Auteur de Peut-on encore sauver la vérité ? (Max Milo), le philosophe François Noudelmann, qui dirige la Maison française de la New York University, signale qu’en 2024, un cap a été franchi dans l’usage des contre-vérités : « Lorsque Trump a prétendu que des populations haïtiennes volaient des chiens ou des chats pour les manger, ou que, dans certaines écoles, vous envoyez votre garçon le matin pour retrouver une fille le soir, ou encore qu’on tue les bébés à la naissance dans certains États démocrates, ce ne sont même plus des mensonges : même son public sait que ce n’est pas vrai. C’est une fiction assumée, pensée comme un moyen d’attirer l’attention sur des choses supposées vraies. » Mais d’où le candidat sort-il ces fables ? « Son idée, c’est d’affirmer qu’il détient une vérité en deçà – “de derrière”, comme dirait Pascal – et de faire passer ses messages ainsi. J’ai été sidéré par la réponse d’un député républicain à une journaliste de CNN qui pointait les menaces de mort dans les propos de Trump. “Mais enfin, vous prenez les choses au pied de la lettre”, lui a-t-il répondu, comme s’il lui faisait la leçon sur sa manière trop littérale d’interpréter la Bible. Les phrases du candidat n’ont plus de relation avec le réel, elles ne visent qu’à manipuler les émotions. »

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