Exposition

“Surréalisme” au Centre Pompidou : féminin manifeste

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“Surréalisme” au Centre Pompidou : féminin manifeste

Surréalisme : Leonora Carrington, “Green Tea” (“La Dame ovale”), 1942. Huile sur toile, 61 x 75,9 cm. © Leonora Carrington. Collection particulière

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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 septembre 2024.

Le grand mérite de l’exposition consacrée au surréalisme au Centre Pompidou, à Paris, à l’occasion du centenaire du mouvement est de faire la part belle à des œuvres d’artistes femmes à (re)découvrir.

 

« Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l’on peut ainsi dire. » Ce manifeste signé André Breton a cent ans, et le Centre Pompidou y consacre une exposition. Elle débute comme une fête foraine. Le visiteur y est happé par une bouche reproduisant l’entrée d’un cabaret de Pigalle, au-dessus duquel l’écrivain habitait : le « Ciel ». De là, une galerie de célèbres autoportraits au Photomaton mène dans l’obscurité vers une rotonde bombardée de vidéos à effets. Au centre de cette pièce, une vitrine présente le manuscrit du Manifeste du surréalisme, lu par la voix de son auteur, reconstituée par l’Ircam. « Toute commémoration cache un cadavre dans la contemplation duquel se retrouvent très naturellement pour tourner en rond pauvres diables et tristes sires, alors que tout est à ébranler et que c’est ce qu’il y eut d’inactuel dans le surréalisme qui peut lui seul donner encore une actualité », notait la critique Annie Le Brun dans Qui vive, en 1991, alors que se tenait une autre exposition dédiée à André Breton, à Beaubourg déjà. L’ouvrage vient tout juste d’être réédité. Dans une nouvelle préface, l’autrice, disparue cet été, renchérit et redoute qu’en exposant les œuvres au musée, on en éteigne la beauté convulsive, jouant le jeu du capital qui s’accapare l’imaginaire et le vide pour en faire un objet marchand, spectaculaire et creux : « Rien d’autres n’est à attendre de la plupart des expositions qui se préparent ici et là en pompeuses Olympiades du surréalisme dans le but d’en commémorer le centenaire. » Ses craintes ne sont pas infondées tant l’entrée en matière témoigne d’un contresens. Le sujet de l’accaparement des images et de l’imagination par le capital n’est, effectivement, jamais abordé. Enfin, l’histoire du mouvement a tellement été ratissée par les universitaires qu’elle semble épuisée. Mais l’« inactualité » du surréalisme passe peut-être ailleurs et autrement. Car la suite de ce parcours conçu comme un labyrinthe n’est pas sans surprise. Des œuvres rarement montrées y sont en effet accrochées, qui valent d’être vues, dont beaucoup sont signées par des femmes, comme les chimères de Dorothea Tanning ou les paysages étranges et inquiétants de Leonora Carrington (photo). Les compositions érotico-organiques d’Ithell Colquhoun, elles aussi, frappent le regard. Puisse cet effort de féminisation ne pas être pas qu’un effet de mode et raviver l’iconographie de ce mouvement centenaire, en relançant cette invitation inépuisable de Breton à ne jamais « laisser en berne le drapeau de l’imagination » ! 

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