Dossier / “Comment recommencer ?”

“Selon Nietzsche, nous ne sommes que des fragments de poussière ballottés dans le grand sablier du temps qui se retourne éternellement” Anne Merker présente le concept d’“éternel retour”

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“Selon Nietzsche, nous ne sommes que des fragments de poussière ballottés dans le grand sablier du temps qui se retourne éternellement” Anne Merker présente le concept d’“éternel retour”

Friedrich Nietzsche. ©William L. pour PM

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Cet article est issu du numéro 196 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 janvier 2026.

Afin de prolonger notre dossier « Comment recommencer ? », nous avons proposé à Anne Merker, qui codirige actuellement la publication des écrits philologiques de Nietzsche aux éditions Les Belles Lettres, d'expliquer ce que signifie chez le philosophe le concept d’« éternel retour ».

 

« Ainsi parlait Zarathoustra a un statut singulier dans l’œuvre de Nietzsche, puisqu’il met en scène un personnage de fiction qui cherche à délivrer un enseignement, sans toutefois recourir à des procédés académiques. Avec des aphorismes parfois très cryptiques dans ses œuvres précédentes, Nietzsche rompait déjà avec l’écriture savante classique. Mais il franchit un palier supplémentaire avec Zarathoustra, en adoptant une prose qui frôle la poésie : il ne s’agit pas uniquement de délivrer un message doctrinal mais de mettre en place les conditions d’une expérience presque sensorielle, en tout cas au-delà d’une rationalité classique. Ce qui mène à une certaine ambivalence de l’écriture nietzschéenne : il veut convaincre, tout en cryptant son propos afin de choisir son auditoire – j’évoque à dessein un auditoire, et non des lecteurs, du fait de la dimension d’oralité de l’œuvre, qui est sans doute une influence de l’Antiquité et de sa formation de philologue. Zarathoustra peut même déconcerter davantage encore que les aphorismes du fait de l’ironie dont son auteur fait preuve, avec la volonté de pasticher les Évangiles. De cette parodie naît toutefois un nouveau logos, qui devient le support d’une doctrine qui cherche à clore une page de l’histoire occidentale, centrée sur des valeurs morales héritées du christianisme. 

Une subversion du religieux

Le terme de doctrine peut paraître péjoratif, si on l’entend comme un ensemble d’idées fermées sur elles-mêmes auxquelles il faudrait adhérer sans esprit critique. Selon Nietzsche, l’éternel retour est une doctrine en ce qu’il s’agit d’une idée incarnée par un personnage, objet d’un enseignement par définition vivant, centré sur la parole. Si le sens ne s’offre pas immédiatement, mais invite plutôt à de multiples interprétations, à une rumination qui vise une incorporation, ce n’est pas une façon de professer un savoir élitiste, au sens où il exclurait des personnes a priori. Il exige plutôt de bien lire, de bien écouter – Zarathoustra se plaint d’ailleurs parfois de se trouver devant des oreilles sourdes.

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Les extraits d’“Ainsi parlait Zarathoustra”
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