Jeux de stratégie
Rester neutre, mission impossible ? La chronique de Michel Eltchaninoff
© Paul Campbell/ istockphoto
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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.
Irlande, Autriche, Serbie… Il y a beaucoup plus de pays neutres qu’on ne le croit. Car la neutralité n’est pas un signe de faiblesse mais un choix politique assumé. À condition de savoir, lorsque l’urgence l’exige, accepter de s’engager pour autrui.
Pas évident de se proclamer neutre par les temps qui courent. Chacun est sommé de choisir son camp au nom de cette maxime que j’entends de plus en plus souvent : si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupera de toi. C’est aussi vrai sur le plan international. Depuis l’invasion de l’Ukraine, des pays neutres comme la Finlande et la Suède ont adhéré à l’Otan. L’Irlande et l’Autriche, qui se disent neutres, envoient de l’aide au pays agressé. Même la Suisse a décidé d’appliquer des sanctions à l’encontre de la Russie. Il ne faut pas oublier non plus les États qui se prétendent neutres tout en soutenant plus ou moins officiellement l’un des belligérants. C’est le cas de la Serbie, complaisante vis-à-vis du Kremlin, ou de la Moldavie, qui a pris le parti de l’Union européenne. Cette polarisation croissante est un mouvement historique, si l’on se rappelle que les États-Unis, la Chine ou l’Iran ont été neutres dans le passé. Quand la guerre approche ou fait rage, il est bien difficile de le rester. Alors, exit la neutralité ?