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Qui a peur de la psychiatrie ?

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Qui a peur de la psychiatrie ?

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Les récents assassinats d’une lycéenne et d’un jeune musulman font l’objet de moult récupérations politiques. Un sujet demeure cependant absent du débat public : le manque cruel de psychiatres. Un refoulement de la folie qui puise ses sources dans notre tradition philosophique. L’analyse de Valentin Husson.


 

Un lycéen, adorateur d’Hitler, a poignardé de cinquante coups de couteau une camarade ; un autre a assassiné de manière ignominieuse un fidèle musulman qui faisait la prière. Les responsables politiques s’écharpent sur les motifs de ces actes : on invoque tantôt l’islamophobie, tantôt le masculinisme ou encore l’écologie radicale… Dans ce brouhaha de récupérations politiciennes, peu de personnes parlent du manque cruel de psychiatres. Ces individus, peut-être psychotiques, auraient pu ou dû être pris en charge par des services spécialisés. Les personnes atteintes de troubles psychiques, hélas, n’intéressent personne. C’est pourtant un enjeu crucial pour notre société. Qui donc a peur de la psychiatrie ? Et pourquoi un tel refoulement de celle-ci ? 

Pas de “folisophie”

Les philosophes, il faut bien le dire, ont largement participé à ce déni. Pour quelle raison ? C’est que la philosophie s’est définie comme une maîtrise de soi. La philosophie est un exercice spirituel qui, par l’usage la raison, a pour but de nous rendre tempérants et sages. L’amour de la sagesse est la recherche de cette modération. Cette mesure constitue même la plus haute moralité de l’être humain, ainsi que le dit Aristote dans son Éthique à Nicomaque.

“La vertu morale est le juste milieu entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut ; elle vise le milieu relativement à nous, tel que le déterminerait la droite raison, celle de l’homme prudent”

Aristote, op. cit.

Ainsi, seule la rationalité est estimable, et seule celle-ci est prise en compte par la philosophie. Le contraire de la sagesse est la folie. Quand Descartes, dans les Méditations métaphysiques (1641), doute de sa propre rationalité, il évoque la folie. Celle-ci balayerait le « je pense » et la certitude d’exister, en plongeant le sujet dans le vertige de ce qui abolit toute conscience et tout discernement du vrai et du faux. À chaque fois, la philosophie rejette le fou comme la part d’ombre de la raison, comme ce qui viendrait la menacer, comme ce qui inquiéterait son discours et ses fondations. C’est la philosophie elle-même qui se sauve dans ce geste d’exclusion en se protégeant de ce qui la défierait dans son raisonnement. Le philosophe n’est pas fou. La folie ne peut donc pas être philosophique. Il n’y a pas – pour reprendre un mot de Lacan – de « folisophie » (Séminaire XXIII, « Le Sinthome »).

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