(Re)lire un classique

Que se passe-t-il quand on refuse de grandir ? La philosophie de “Peter Pan”

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Que se passe-t-il quand on refuse de grandir ? La philosophie de “Peter Pan”

Illustration pour “Peter Pan et Wendy” de J. M. Barrie (lithographie couleur). École anglaise, XXe siècle (v. 1944). Collection privée. © Bridgeman Images

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L’entrée de Peter Pan, de James M. Barrie, dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard, 2026) est l’occasion de redécouvrir la grande question existentielle que pose ce personnage en compagnie de la fée Clochette, de Wendy et du capitaine Crochet. Loin de seulement bouder l’âge adulte, son refus radical de grandir confronte chacun d’entre nous, enfant comme adulte, au temps qui passe, au possible et à la perte.


 

Tout le monde le connaît comme le héros d’un film d’animation de Walt Disney, sans doute le plus beau de tous. On sait moins qu’avant d’être ce garçon espiègle qui virevolte dans ses collants verts, il est d’abord la création de l’auteur écossais James Matthew Barrie. Le personnage apparaît pour la première fois dans un roman pour adultes, Le Petit Oiseau blanc (1902) ; il revient deux ans plus tard dans une pièce intitulée Peter Pan ou le Petit Garçon qui ne voulait pas grandir, puis dans Peter Pan dans les jardins de Kensington, avant de trouver sa forme définitive en 1911 dans Peter et Wendy, synthèse de toutes les versions précédentes et qui donne la version finale d’un personnage qui, au fil de ces métamorphoses, n’aura cessé de poser la même question : que se passe-t-il quand on refuse de grandir ? 

L’enfant vole, mais pas la flèche : Peter Pan contre Zénon d’Elée

Peter Pan, en effet, est bien plus qu’un symbole de l’insouciance enfantine. Il est aussi et surtout une figure troublante qui a résolu, par la seule force de sa volonté, de se soustraire au temps. Il retrouve ainsi une question philosophique ancestrale : le temps est-il en notre pouvoir et peut-on l’arrêter ? On reconnaît le paradoxe de la flèche du philosophe présocratique Zénon d’Élée : à chaque instant, une flèche en vol occupe une position précise et définie et est donc immobile, puisqu’elle ne peut être à la fois ici et ailleurs. Le temps n’étant qu’une succession d’instants, comment pourrait-elle jamais se déplacer ? Le mouvement n’existe, tout au plus, que dans notre représentation. À ce paradoxe philosophique répond celui, poétique, de Peter Pan, puisque lui aussi arrête le temps… et pourtant il vole. Il est même perpétuellement en train de s’envoler, se mouvant partout dans l’espace tout en demeurant étrangement immobile dans le temps.

“Peter Pan ne vit pas son enfance, au sens de cet état transitoire que nous avons tous traversé : il est l’enfance même, l’essence figée de l’enfance, l’archétype d’une enfance qui stagne et n’évolue pas”
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