Là est la question…

“Que faire face à un parent vantant le génie de son enfant ?” Charles Pépin vous répond

Temps de lecture : 3 min

“Que faire face à un parent vantant le génie de son enfant ?” Charles Pépin vous répond

illustration © Vincent Boudgourd pour PM. - Charles Pepin. © Serge Picard pour PM 

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Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 mars 2026.


LE DILEMME DE PIERRE-EMMANUEL
« J’ai une amie proche qui, lorsque nous nous voyons, se sent systématiquement obligée de vanter pendant de longues minutes les mérites académiques de ses enfants, véritables “machines de guerre”. Elle est d’un naturel compétitif. Au début, je prenais cela comme un exercice spirituel de stoïcisme et méditais la phrase de François de La Rochefoucauld : “Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c’est qu’elle blesse la nôtre.” Ensuite, j’ai tenté la pique en mentionnant ce grand musicien à qui un journaliste avait demandé : “Avez-vous rencontré beaucoup de génies ?”, et sa réponse : “Non, mais beaucoup de parents de génies.” Tout cela en vain. Aujourd’hui, je désespère et, refusant de surenchérir en évoquant les mérites de ma propre progéniture (dont jamais cette amie ne s’enquiert), ce qui reviendrait à entrer dans un dérisoire jeu d’ego, je m’interroge sur la voie philosophique à suivre pour en sortir. En effet, malgré sa vantardise, je souhaite conserver ma relation avec cette femme par ailleurs intelligente et, à d’autres égards, délicate. »


La réponse de Charles Pépin

Votre dilemme est très intéressant à plus d’un titre. D’abord, il montre bien les limites de ce que vous appelez « exercice spirituel de stoïcisme » ! En effet, être stoïcien ne se résume pas à faire le dos rond en attendant que passent les « longues minutes » pendant lesquelles votre amie détaille les succès scolaires de ses enfants, ni à rester « stoïque » au lieu de manifester votre agacement, votre indifférence ou votre ironie. 

“Pour rendre la conversation moins pénible, vous pourriez interroger la part du travail, de l’éducation et des gènes – et donc du mérite – dans de bons résultats scolaires”

On retrouve ici un contresens fréquent au sujet du stoïcisme : être stoïcien ne signifie pas simplement rester « stoïque ». L’acceptation stoïcienne implique au contraire une compréhension rationnelle des choses comme ne pouvant être autres, comme relevant d’une nécessité supérieure. Or vous semblez ne pas comprendre l’attitude de votre amie, son obsession pour les « mérites académiques de ses enfants », et c’est pourquoi une acceptation de type stoïcien est impossible. Quant à l’ironie que vous évoquez – « l’ironie tend la perche à celui qu’elle égare », écrit Jankélévitch –, elle semble elle aussi inefficace, puisque votre amie ne saisit pas la perche que vous lui tendez pourtant…

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