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“No Kings” : pourquoi manifester déguisés en grenouilles pour battre Trump ?

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“No Kings” : pourquoi manifester déguisés en grenouilles pour battre Trump ?

Los Angeles (États-Unis), le 18 octobre 2025. Un manifestant en costume de grenouille gonflable agite un drapeau américain à l’envers lors d’une marche du mouvement “No Kings” contre la politique du président américain Donald Trump. © Daniel Cole/Reuters

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Face à Trump, les manifestants du mouvement « No Kings » se déguisent en grenouilles, poulets ou dinosaures. Pour Andrea Colamedici, philosophe et auteur du livre-événement Hypnocratie. Trump, Musk et la fabrique du réel (Philosophie magazine Éditeur, 2025), cette nouvelle résistance a l’intelligence d’agir sur un imaginaire que dominait jusqu’ici l’alt-right.


 

Que la réalité soit absurde, c’est assez évident depuis un moment. Mais qu’elle soit aussi très, très ironique, cela ressort du fait qu’hier matin, pendant qu’en France on volait les joyaux de Napoléon au Louvre, aux États-Unis, des millions de personnes descendaient dans la rue en criant « No Kings » contre Donald Trump et ses alliés.

Les joyaux de l’empereur

Le même jour où certains commettent un vol spectaculaire des symboles du pouvoir de Napoléon, d’autres protestent en masse contre les nouveaux empereurs. Pour comprendre ce double événement, j’essaierais de suivre le bon Alejandro Jodorowsky, qui suggérait de ne pas se limiter à interpréter les rêves avec les canons de la réalité mais d’essayer d’interpréter la réalité avec les canons du rêve. D’autant plus que, fait encore plus savoureux, les voleurs ont perdu en route la couronne de l’impératrice Eugénie. Et que pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Trump a publié une vidéo générée par IA dans laquelle, portant une couronne, il largue d’énormes défécations sur la foule protestataire depuis un avion en vol.

Si tout cela était un rêve, Jodorowsky serait là pour nous indiquer que nous sommes déchirés entre le culte des monarchies et leur rejet viscéral. Qu’en ce moment historique complexe et confus, il existe une tension profonde entre le désir d’ordre symbolique (les couronnes, les musées, l’empereur), de sens descendu d’en haut, d’abandon de responsabilité, et le besoin de liberté et d’autodétermination des peuples. Et cela, peut-être, c’est la réalité qui se déguise en rêve pour nous dire qu’il est temps d’essayer d’en réécrire le scénario.

“Oui, je suis votre roi, et le roi a le droit de vous humilier, de vous chier dessus”, semble dire Trump dans sa vidéo

 

Celui qui semble avoir compris qu’il joue à un jeu onirique est Donald Trump, qui opère en effet continuellement dans la dimension du mythe, du symbole et du mème. Cette vidéo est un acte de psychomagie trumpienne. C’est lui qui dit : « Oui, je suis votre roi, et le roi a le droit de vous humilier, de vous chier dessus, de vous montrer que le pouvoir souverain est aussi et surtout le pouvoir de violer toute règle de décorum. » Tant que nous continuerons à combattre sur le plan rationnel ceux qui opèrent sur le plan symbolique, nous continuerons à perdre. Trump a transformé la politique en langage psychique parce qu’il a compris que la bataille décisive se livre dans l’imaginaire collectif. Où un roi couronné qui défèque sur une protestation vibrante est une image de pouvoir primordial qu’aucun slogan démocratique ne pourra jamais ébranler.

La nouvelle résistance

D’autres, cependant, ont compris comment commencer à contrer tout cela : les voici dans toute leur splendeur. L’histoire commence à Portland, en Oregon, lors de manifestations contre l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), où un manifestant déguisé en grenouille gonflable se fait asperger de gaz lacrymogène par un agent fédéral directement dans la prise d’air du costume. La vidéo devient virale et déclenche quelque chose d’inattendu : au lieu de décourager l’idée de descendre dans la rue, elle déclenche une multiplication de grenouilles, dinosaures, licornes, poulets, requins, vaches qui envahissent les manifestations dans tout le pays.

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