Dossier / “La mort, autant s’y préparer”

Mieux vaut prévoir ! Peut-on faire de notre fin un projet ?

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Mieux vaut prévoir ! Peut-on faire de notre fin un projet ?

© Raphaël Neal/Agence VU

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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine, en kiosque le 30 octobre 2025.

Alors que les évolutions médicales et sociales permettent d’organiser les conditions de la fin de vie, nous entrons dans un nouvel âge métaphysique, où notre fin est anticipée. Jusqu’à devenir un projet ?

 

« Tu as pensé à rédiger tes directives anticipées ? » J’ai eu cette conversation – pas dramatique, plutôt pratique – avec un parent. Ce genre de préoccupation répond à une politique publique, qui nous incite à projeter les modalités de notre mort. Introduites dès 2005 à la faveur de la loi Leonetti, « ces directives anticipées expriment la volonté de la personne relative à sa fin de vie » à propos de la poursuite ou de l’arrêt de certains actes médicaux. Autrefois, philosopher signifiait apprendre à mourir, selon la promesse platonicienne, révisée par Cicéron, Montaigne ou Simone Weil… Des exercices spirituels conduisaient à apprivoiser, à ignorer ou à combattre la mort, en visant la tranquillité de l’âme. Cette invitation a pris un tour très concret, qui induit un bouleversement métaphysique : une autre manière de se rapporter à l’au-delà, aux disparus et à la disparition. Au testament, rédigé pour la mémoire, a succédé la directive anticipée, écrite par prévision. Il s’agit non seulement d’apprendre à mourir mais aussi de projeter sa fin, d’imaginer ce qu’elle sera pour nous et nos proches, et de faire en sorte qu’elle nous ressemble. 

 

Une mort à soi

Cette tendance à la personnalisation a été évaluée par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc). Parue en novembre 2024, une analyse souligne que « 30 % des Français souhaitent une cérémonie très intime et ne veulent pas de cérémonie religieuse, contre 23 % en 2009. Cette évolution va de pair avec un désir croissant de personnalisation privilégiant les aspects individuels et psychologiques aux dimensions sociales et rituelles des obsèques. Pour leurs propres funérailles, 29 % des plus de 40 ans désirent de la musique personnalisée et 22 % des lectures de textes et d’hommages au sein d’une cérémonie civile ». Ces attentes ont plus que doublé en quinze ans. Elles vont de pair avec un élargissement des alternatives à l’inhumation et à la crémation – humusation, aquamation, promession… pas encore autorisées en France. Au pur rite social se sont donc adjointes des considérations personnelles, éthiques, écologiques. C’est la promesse d’une « mort à soi ».

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