Tout un symbole

Menace sur le hérisson, animal chéri des philosophes

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Menace sur le hérisson, animal chéri des philosophes

© Tadeusz Lakota/Unsplash

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Mauvaise nouvelle pour le hérisson d’Europe : bien qu’apparu il y a 15 millions d’années, le voici désormais classé parmi les espèces « quasi menacées » par L’Union internationale pour la conservation de la nature, qui a récemment mis à jour sa « liste rouge ». Mais connaissez-vous le rôle qu’il a joué dans l’histoire de la philosophie ?


Dilemme du hérisson… ou parabole du porc-épic ?

La mention la plus célèbre du hérisson dans l’histoire de la philosophie est l’objet d’un malentendu. Ce qu’on appelle le « dilemme du hérisson » en effet, n’est pas vraiment un dilemme, pas plus qu’il ne concerne véritablement un hérisson. Ce que raconte Schopenhauer est plutôt une fable, une parabole ou une allégorie à propos des différents porcs-épics qui, dans leur périlleuse coexistence mutuelle, sont à l’image de la société humaine.

“Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau”

Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, 1851

La morale en est claire : si nous voulons éviter aussi bien les piquants de la promiscuité que la froidure de l’isolement, nous avons intérêt à trouver la juste distance avec autrui, c’est-à-dire une distance intermédiaire – ni trop loin comme le feraient des créatures solitaires, ni trop près comme des animaux grégaires. Sigmund Freud en répétera la leçon dans le chapitre VI de sa Psychologie des masses et analyse du moi (1921), et le dilemme devint de plus en plus célèbre pour illustrer l’ambivalence des relations sociales et la difficulté de se situer au milieu des autres. Ancienne professeure agrégée de philosophie, Muriel Barbery se servira implicitement de cette image du hérisson dans son roman à succès, L’Élégance du hérisson (Gallimard, 2006), comme symbole de la richesse de la vie intérieure que cultive une femme, bien à l’abri des considérations mondaines et du regard social.

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