Melancholia. Un goût de cendres
Melancholia de Lars Von Trier. © Les Films du Losange
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du Hors-série n°68 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 février 2026.
Avec Melancholia, Lars von Trier touche au thème central de la Renaissance : la chair est triste, hélas, l’ange de Dürer s’ennuie et le plat préféré de Justine, l’héroïne, n’a plus qu’un goût de cendres. Alors comment surmonter la folie, l’affliction, la paresse, le deuil ? En inventant par exemple une cabane magique.
Une fin imminente ?
Melancholia, du Danois Lars von Trier, est sorti en 2011. C’est peu dire qu’il a été un choc. Le film en raconte d’ailleurs un à travers les dernières heures de deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), juste avant l’inéluctable collision entre la Terre et une planète vagabonde baptisée Melancholia. La première partie suit Justine dans sa robe de mariée, empêtrée dans des ronces comme dans sa mélancolie. Malgré le cadre luxueux et les attentes de son entourage, la jeune femme sombre dans une profonde dépression. Incapable d’assumer le rôle de la jeune épouse heureuse, elle sabote la cérémonie que sa sœur veut maintenir coûte que coûte, insulte son boss, couche avec un inconnu et largue son mari. La société qui était la sienne s’effondre sous le poids de sa propre vacuité. La seconde partie se concentre sur Claire, qui accueille la réception de Justine dans une propriété cossue tandis que Melancholia se rapproche toujours plus de la Terre. Astronome amateur, son mari John assure que la collision n’aura pas lieu et qu’il n’y a aucun risque, mais se suicide avec des pilules chipées à sa femme lorsque son propre déni devient insupportable. Claire est gagnée par la panique et se retrouve seule avec son fils et Justine qui, elle, paradoxalement, va de mieux en mieux. À quelques instants de la catastrophe finale, les deux sœurs et l’enfant de Claire se réfugient dans une « cabane magique » construite par Justine dans un pré. Tandis que Claire pleure, crie et tempête, Justine accueille la mort qui pointe en invitant le jeune garçon à fermer les yeux pour être mieux protégé. Le film s’achève sur un fondu au noir. En saluant le film, le philosophe Slavoj Žižek a souligné son optimisme : « Si vous voulez faire quelque chose de bien pour cette société, si vous voulez éviter toute forme de menace totalitaire, vous devriez tous aller vers ceci, laissez-moi l’appeler, malgré le fait que je sois un matérialiste total, cette expérience spirituelle fondamentale d’une acceptation qu’un jour toute cette vie prendra fin. À n’importe quel moment la fin est proche. Je pense que, au contraire de ce qu’on peut croire, cela peut être une expérience profonde qui renforcera l’activité éthique. » Autrement dit, la fin du film n’est pas tant une catastrophe qu’une apokalupsis – étymologiquement, une révélation. —