Dossier / “Où commence la tyrannie ?”

Le triangle des “trumpitudes”

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Le triangle des “trumpitudes”

Trump © Doug Mills/The New York Times/Redux/Réa

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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine, en kiosque le 27 mars 2025.

Le président américain n’est pas un idéologue. Mais trois convictions sont bien ancrées en lui. Art du deal, obsession de l’enrichissement et opposition aux élites cultivées dessinent sa vision du monde. Ce triptyque mène-t-il à la prospérité ou à la défaite de la démocratie par chaos ?

 

Donald Trump déploie-t-il une idéologie structurée, fondée sur des courants de pensée identifiables et des auteurs de chevet ? Non. Contrairement à Vladimir Poutine ou à Xi Jinping, il n’a pas élaboré une vision du monde précise qu’il souhaiterait faire partager à ses concitoyens et exposer aux yeux du monde. Si l’on évoque le libertarianisme, l’accélérationnisme, l’alt-right ou encore le paléoconservatisme, c’est pour pointer une influence indirecte, ou qui s’exerce sur une partie de son entourage seulement. Faut-il alors se rabattre, pour comprendre l’action du président américain, sur son portrait psychologique ? Explorer sa vanité démesurée, son narcissisme, son plaisir à dominer l’autre, son rapport aux femmes, son incapacité à se concentrer ? Non plus. Car entre la pensée politique solide et le simple comportement, il y a les convictions, solidement ancrées. Après avoir lu les ouvrages signés par Trump lui-même, tout comme ses entretiens ou les biographies qui lui sont consacrées, trois lignes de force se dégagent. Les voici, toutes simples mais prégnantes. Premièrement, pour Donald Trump, ce qu’il y a de plus intéressant dans la vie est l’art du deal. Deuxièmement, le moteur principal d’une vie individuelle ou collective est, selon lui, l’enrichissement. Troisièmement, il faut combattre l’élite culturelle et politique, hypocrite et faussement tolérante. Ces trois lignes directrices forment un triangle. Mais celui-ci est loin d’être équilatéral. Chaque segment est bourré de contradictions, et leur union est fragile. Il suffit que l’un d’eux se brise ou entre en conflit avec les autres pour que s’ouvre la possibilité d’une réelle tyrannie aux États-Unis. 

 

La supériorité du deal

Machiavel considérait que l’art de la guerre était le savoir fondamental d’un chef d’État. Ce n’est pas celui de Donald Trump, qui prétend au prix Nobel de la paix. Son premier livre, autobiographique, s’intitule The Art of the Deal (cosigné par Tony Schwarz, 1987 ; trad. fr. Trump par Trump, Éditions de l’Archipel, 2017). En 1986, l’entrepreneur immobilier a bâti la Trump Tower à New York, enchaîne les succès et les échecs, et apparaît souvent dans la presse à scandale. Mais il a déjà compris qu’il devrait utiliser son principal talent, celui de la négociation, en dehors du secteur de la construction. Il a en effet élaboré une méthode qu’il expose avec candeur. Il s’agit de toujours voir grand et de ne jamais s’avouer vaincu, tout en sachant rester souple. Son père bâtissait des logements dans les quartiers pauvres ? Lui investira Manhattan, car « “modeste” et “petit” ne font pas partie de [s]on vocabulaire habituel ». Trump ne craint pas, « afin de réussir une affaire, de dénigrer ses rivaux ». Il ne s’embarrasse d’aucun scrupule éthique ou juridique, comme lorsqu’il raconte : « Un gros armateur grec au bout du fil. Il a une affaire dont il aimerait bien me parler. Il ne me dit pas de quoi il s’agit mais, avec certaines personnes, on ne pose pas de questions. » Les flatteries ou les pressions sur les juges, les politiques et les journalistes font son quotidien. Il se montre volontiers excessif, car « si vous avez des projets un peu fous ou controversés, les journalistes vont parler de vous ». 

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