Nouvelles vagues
Le gras, c’est la vie ! La chronique d’Anne-Sophie Moreau
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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine, en kiosque le 11 juillet 2024.
Les molécules promettant de lutter contre l’obésité séduisent aussi des gens qui n’en ont guère besoin. Signe de l’appétit grandissant de nos sociétés pour l’ascétisme ?
Autant que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les gros. Un homme se choisit comme un canapé : il doit être tendre, moelleux, confortable. À d’autres les modèles secs et anguleux qui s’insèrent élégamment dans un intérieur design : je suis de celles qui chérissent l’embonpoint et l’appétit, sans doute parce que j’ai été élevée par un anorexique. Mais laissons là ma psychanalyse : si je vous parle de mon penchant pour les ronds, c’est parce qu’ils sont en voie de disparition. La faute à de nouveaux traitements contre l’obésité que l’on dit révolutionnaires. Entrés sur le marché américain en 2021, l’Ozempic et le Wegovy promettent aux patients de perdre 15 % de leur poids grâce à une injection hebdomadaire. Initialement destinés à traiter le diabète, ces médicaments agissent sur les hormones digestives et provoquent un sentiment de satiété. Un régime efficace et sans effet de manque ? Le rêve pour quiconque cherche à maigrir sans avoir à recourir à la chirurgie bariatrique.