Au carrefour des livres
Le corps dans tous ses états… et en trois livres
© Ola Szkolda/Unsplash
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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 août 2026.
À force de soin et de techniques en tout genre, nous choisissons de plus en plus notre apparence. En se penchant sur l’expérience de la ménopause, de la chirurgie esthétique et de la pilosité, trois philosophes, Gloria Origgi, Nathalie Azoulai et Éric Fiat, interrogent les moments où le corps, fatigué, ridé, poilu, résiste à nos pouvoirs.
« Mon corps, mon choix. » Le slogan féministe, efficace pour défendre des droits fondamentaux comme l’IVG, se trouve démenti par l’expérience lorsqu’un événement physiologique survient malgré nous, sans qu’on puisse agir dessus. Que faire, par exemple, quand arrive la ménopause ? De quoi décide-t-on vraiment, lorsqu’on ressent des bouffées de chaleur, des douleurs musculaires ou le « brouillard cérébral » lié à la baisse d’hormones associée à ce phénomène ? Tous ces symptômes, évoqués en détail par Gloria Origgi dans sa Philosophie de la ménopause ne surviennent pas d’un seul coup. La ménopause peut s’étaler sur une dizaine d’années. La philosophe préfère donc un autre terme : celui de « climatère », du grec klimax, qui désigne « l’ensemble du processus de transformation d’une femme du passage de la fertilité à la fin de la reproduction ». Si les femmes ménopausées ne peuvent pas toujours agir contre les effets de ce « climatère », elles peuvent choisir la façon dont elles vont interpréter ce moment de leur existence. Loin de la voir comme le début de la vieillesse, Origgi estime à titre personnel que cette période a été « la transformation la plus spectaculaire de [sa] vie d’adulte ». Une femme ménopausée a bouclé la boucle, achevé un cycle, expérimenté les différentes facettes du vécu biologique féminin. Loin d’être une condamnation, cette connaissance physiologique de soi peut sonner comme une délivrance. Au terme de ce « voyage rocambolesque », elle peut décider de vivre à son rythme « unique, riche en pleins et en vides » – qui se distingue de la temporalité linéaire, verticale, « conçue en fonction des besoins des hommes ». Hélas ! ce chemin se présente aussi comme un parcours de la combattante, d’autant plus ardu que la société entière, à commencer par le corps médical, manque de ressources pour comprendre ce que les femmes traversent. Cette ignorance est redoublée par l’indifférence, voire le mépris, qui touche les femmes en âge d’être ménopausées. « Passer des regards admiratifs posés sur vous dans la rue à une invisibilité totale est bien sûr un choc », affirme Origgi.