L’œil et l’esprit

L’art abstrait est-il né grâce à une doctrine ésotérique, la théosophie ?

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L’art abstrait est-il né grâce à une doctrine ésotérique, la théosophie ?

De g. à dr. : James Morgan Pryse, Helena Petrovna Blavatsky et George Robert Stow Mead à Londres en 1890, tous trois membres influents de la Société théosophique. © blavatskyarchives/Wikimedia Commons

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La théosophie est difficile à situer dans l’histoire des idées. Pourtant, ce syncrétisme mystique a été l’étincelle de la plus grande révolution visuelle du XXe siècle, inspirant notamment les peintres Hilma af Klint ou Vassily Kandinsky, exposés actuellement au Grand Palais, à Paris, et au LaM de Villeneuve-d’Ascq. Comment une doctrine théoriquement fragile a-t-elle pu accoucher de l’abstraction ? 


 

La théosophie est indissociable de sa fondatrice, Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891, photo). Née dans l’Empire russe (dans l’actuelle Ukraine), cette aristocrate et grande voyageuse a fondé en 1875 la « Société théosophique » à New York, où elle a longtemps vécu. Son ambition ? Réagir au « désenchantement du monde » – pour reprendre la célèbre formule de Max Weber – consécutif au triomphe du positivisme et à l’essor industriel. 

Un sacré coup de force

Face à une science qui réduit le réel à des équations mécaniques et des Églises chrétiennes figées dans le dogme, Blavatsky tente un coup de force : échafauder une synthèse monumentale entre bouddhisme, hindouisme, néoplatonisme et hermétisme, pour refonder ou retrouver un rapport au sacré.

 

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Comme l’anthroposophie de Rudolf Steiner (lui-même exclu de la Société théosophique en 1912 après un conflit doctrinal sur le statut du Christ), la théosophie affirme en effet qu’au-delà des apparences sensibles, il existe une « réalité spirituelle » enfouie sous les dogmes, les institutions et les lectures littérales, mais accessible par l’intuition et l’initiation.

Une pensée des correspondances

Les principales œuvres de Blavatsky – Isis dévoilée (1877), La Doctrine secrète (1888), La Clef de la Théosophie ou encore La Voix du silence (1889) – sont autant de variations sur cette conviction fondamentale, déclinée dans un vaste édifice doctrinal capable de tenir ensemble révélation, érudition et spéculation, en produisant des systèmes de correspondances entre les religions, entre les mondes, entre l’âme et la matière, entre le visible et l’invisible. 

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