Théâtre

“La Vie secrète des vieux” : on en vieux encore !

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“La Vie secrète des vieux” : on en vieux encore !

La Vie secrète des vieux de Mohamed El Khatib. © Yohanne Lamoulère

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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.

Recrutés par petite annonce dans les Ehpad, les acteurs et actrices de cette pièce de Mohamed El Khatib mettent en scène ce qui nous tient tous vivants. En premier lieu, le désir, cette persévérance d'être chère à Spinoza.

 

Les sept vieilles et vieux que Mohamed El Khatib a réunis sur scène n’ont pas pris une ride. Jacqueline, la doyenne de la troupe, a 92 ans. Il les a recrutés par petite annonce dans les Ehpad : « Si vous avez plus de 75 ans et des histoires d’amour, appelez-moi. » Avec eux, et leur camarade Georges qui n’est plus mais dont la présence est (drôlement) évoquée sur scène, ainsi qu’une aide-soignante qui prend part au jeu, il dévoile donc leur secret de jouvence. Par une forme très libre, conviant souvenirs personnels et variations sur les classiques – dont Shakespeare, Racine et Musset –, le metteur en scène esquive tous les poncifs. Nulle question ici de dépendance ni même d’une hypothétique sagesse gagnée avec le grand âge. Le seul sujet qui importe est ce qui nous tient tous vivants jusqu’au bout : le désir, cette persévérance dans son être dont parle Spinoza, qui n’est pas tant un manque qu’une puissance, mieux « l’essence même de l’homme ». Septua-, octo-, nona-spinozistes, ces « vieux » parlent donc avec joie d’amour et de sexualité, parfois crûment, parfois comme des adolescents, épris sur le tard comme pour la première fois, acceptant pour certains l’homosexualité ou découvrant la véritable jouissance dans leurs vieux jours. « Compte tenu de leur âge, les personnes sur scène peuvent mourir à n’importe quel moment, comme Dalida. Nous vous invitons à rester calmes. Mieux vaut mourir sur scène qu’à l’Ehpad », cette précaution d’emblée donne le ton. De ces rencontres, merveilles de sensibilité, d’érotisme et d’humour, Mohamed El Khatib a tiré un film documentaire, visible l’an prochain. On brûle de le voir et de les revoir, nos vieux.

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