Les clés d’un classique
La valse des atomes, un extrait de l’œuvre de Lucrèce commenté
© William L. pour PM
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Cet article est issu du numéro 186 de Philosophie magazine, en kiosque le 16 janvier 2025.
Dans De la nature, Lucrèce fait preuve d’une intuition étonnante, lorsqu’il décrit l’existence des atomes dans le vide et la façon dont la matière se recompose sans cesse. Mais même lorsqu’il est question de physique, le philosophe ne renonce pas au lyrisme et à l’enthousiasme de l’élan poétique.
L’extrait
« La nature à l’inverse en outre décompose
Tout en ses éléments, mais n’anéantit rien :
Car si quoi que ce fût pouvait périr entier,
Tout pourrait cesser d’être et soudain fuir nos yeux,
Sans besoin qu’une force en dissocie les parts
Et disjoigne les liens où s’assemble leur trame,
Mais puisque tout est fait d’éléments éternels *,
Si nulle ne les heurte et les fait éclater
Ou bien les désagrège en pénétrant leurs vides *,
La nature jamais n’en laisse voir la fin.
Quant à ce que le temps et la vieillesse effacent,
S’ils en consument tout, détruisant leur matière,
D’où Vénus * d’âge en âge ramène-t-elle
Les vivants ? D’où, rené, la terre industrieuse
Nourrit-elle chacun et le fait-elle accroître ?
D’où viennent à la mer ses sources, l’eau lointaine
Des fleuves ? D’où l’éther peut-il nourrir les astres ?
L’infinité du temps et des jours accomplis
Eût déjà consumé tous les corps périssables !
S’il s’est toujours trouvé depuis que ce temps dure
Des éléments pour reformer notre univers,
C’est qu’ils sont à coup sûr immortels * par nature :
C’est donc que rien ne peut retourner au néant. »
— DE LA NATURE (chant I, 215-237, trad. Olivier Sers, Les Belles Lettres, 2012)