Cinéma
"La Plus Précieuse des marchandises" ou la force de vérité décuplée du conte
Image tirée du film d’animation “La Plus Précieuse des marchandises”. © 2020 Ex Nihilo/Les Compagnons du cinéma/Studiocanal/France 3 Cinéma/Les Films du fleuve
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Dans La Plus Précieuse des marchandises, une adaptation en film d’animation du livre éponyme de Jean-Claude Grumberg, le cinéaste Michel Hazanavicius raconte au travers de l’univers du conte l’histoire d’une fillette sauvée par un couple de bûcherons durant la Shoah. La philosophe Audrey Jougla, soufflée par le film, s’interroge sur ce qui permet au conte de toucher la vérité de ce drame, tout en s’affranchissant de l’histoire et de la réalité.
Ce fut une claque. Je suis ressortie abasourdie de la séance de cinéma – comme une grande partie de la salle me semble-t-il, nécessitant un bon moment pour me remettre de la tempête émotionnelle provoquée par le film d’animation La Plus Précieuse des marchandises, de Michel Hazanavicius. Utilisant l’apanage du conte, écrit par Jean-Claude Grumberg, l’histoire est celle d’un couple de pauvres bûcherons qui sauve un nourrisson de la Shoah. Comment le conte, et le recours à l’animation, parviennent-ils avec autant de justesse et de subtilité, à dire sans dire ?
S’affranchir du carcan du réalisme
« Pauvre bûcheron et pauvre bûcheronne » survivent misérablement dans une forêt enneigée lointaine. Comme dans tous les contes, le récit n’inscrit pas de lieux ni de noms précis : les personnages n’ont pas de prénoms et la géographie reste évasive. L’époque n’est pas plus explicite, marquée uniquement par le passage de trains de marchandises, leitmotiv inquiétant, et attendus par la bûcheronne qui implore « les dieux du train » de laisser tomber une petite marchandise. Il est question de « sans-cœurs », désignant une population mystérieuse et ostracisée, à laquelle il est interdit de porter secours. Le registre n’est pas celui de l’indicible mais de l’évocation implicite.