Démographie

Julien Damon : “Nous vivons une crise de la conjugalité”

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Julien Damon : “Nous vivons une crise de la conjugalité”

Julien Damon. © Hannah Assouline/Opale.photo

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Avec un recul de 2,8% des naissances en 2024, l’attention politique et médiatique – en attendant le « réarmement démographique » promis par le président Macron – manque peut-être une cause importante de la crise de la natalité : la fragilisation du couple. Le sociologue Julien Damon, ancien sous-directeur à la Caisse nationale des allocations familiales et auteur des Batailles de la natalité (Editions de l’Aube, 2024), nous éclaire. 


 

Pourquoi parlez-vous d’une “crise de la conjugalité” ?

Julien Damon : Il s’agit d’un angle mort du débat politique face à la baisse significative de la natalité en France, qui est de plus de 150 000 enfants entre l’année 2010 et l’année 2024. Cette crise des naissances fait grand bruit, elle alimente tous les discours et toutes les idéologies. Chacun y va de son point de vue : effondrement français généralisé, dégradation des conditions matérielles de vie, affirmation de l’éco-anxiété comme de l’individualisme. Mais, il y a un éléphant dans la pièce que nous considérons habituellement avec moins d’intérêt : la baisse du nombre de personnes qui vivent en couple. Et n’oublions pas que, parmi les raisons qui retardent ou empêchent la venue du premier enfant, certains se disent prêts mais n’ont simplement pas de conjoint.

 

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Comment se manifeste cet affaiblissement du couple ?

L’isolement progresse. Aujourd’hui, un quart des familles sont monoparentales, contre 10% à la fin des années 1980. Certaines personnes préfèrent rester seules parce qu’elles ont connu une très mauvaise expérience conjugale. Mais beaucoup de parents célibataires seraient disposés à avoir d’autres enfants. Cependant, ils rencontrent des difficultés pour retrouver un conjoint. Car sur le marché matrimonial, quand vous avez déjà la responsabilité d’un enfant, c’est plus compliqué, surtout si vous êtes une femme. Il faut prendre en compte toutes les contraintes matérielles : vous ne pouvez pas sortir aisément, accéder à tous ces espaces de socialité où il est possible de rencontrer un partenaire, que ce soit le musée, le concert de rap, le kebab ou le bar… Au-delà des parents isolés, le célibat contraint progresse lui aussi.

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