Élections européennes
Joëlle Zask : “On dirait que Macron pratique la politique de la terre brûlée”
Joëlle Zask. © Philippe Conti pour PM
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Une extrême droite à près de 40% et des écologistes qui peinent à se hisser au-delà des 5%. Les élections européennes du 9 juin marquent un tournant dans l’histoire de l’écologie politique. Comment comprendre ce désaveu, partagé en Europe ? L’analyse de la philosophe Joëlle Zask, grande connaisseuse de John Dewey et autrice notamment d’Écologie et Démocratie (Premier Parallèle, 2022).
Comment analysez-vous les résultats du scrutin de dimanche ?
Joëlle Zask : Ils me paraissent tout à fait catastrophiques. On aurait pu s’attendre à ce que les sondages d’opinion se trompent et que les électeurs attachés à la démocratie se mobilisent fortement contre l’extrême droite. Cela n’a pas été le cas, et c’est grave. On fait comme si en France, pays qui offre beaucoup d’avantages (les libertés individuelles, la sécurité physique, la protection sociale…), la démocratie allait de soi. On devrait réaliser qu’aujourd’hui, nos libertés, notre sécurité, notre relative égalité, même si elles sont bien entamées, sont des trésors d’une préciosité infinie et que leur reconduction n’est pas automatique. Pas plus en France qu’ailleurs. Face à l’urgence, ne pas se mobiliser dans les urnes est criminel, liberticide et également écocide. Je crois qu’il faut sérieusement se réveiller. L’extrême droite a peut-être changé de visage, mais pas de personnalité. Elle reste fondamentalement négationniste, quel que soit le champ qu’on considère, et notamment négationniste vis-à-vis du climat. Il faut s’interroger sur les liens entre l’idéologie de l’extrême droite, son succès croissant dans les urnes et le climato-scepticisme.
“Plus il y a d’extrême droite, moins il y a d’écologie, et plus il y a d’écologie, moins il y a d’extrême droite”
De quelle nature est ce lien, selon vous ?
Par définition, les extrêmes droites, et le fascisme d’une manière générale, n’admettent pas la pluralité des points de vue, des réalités, des logiques. Elles sont « absolutistes », pour parler comme les pragmatistes, c’est-à-dire qu’elles ne conçoivent pas comme possible ni souhaitable le fait d’établir la vérité de manière dialogique. Elles sont autoritaires, unidimensionnelles. Or, qu’est-ce que l’écologie, sinon l’établissement d’une relation dialogique à quelque chose de particulier, et qui n’est pas soi ? Historiquement et conceptuellement, les partis issus des mouvances fascistes ou d’extrême droite – pour moi c’est un peu pareil, avec certes des nuances – ne peuvent pas entendre l’altérité radicale du monde situé hors de nous, l’altérité des événements naturels, du climat, des plantes, des animaux, des humains aussi bien entendu. Et puis factuellement, les extrêmes droites d’aujourd’hui dans le monde sont climato-sceptiques. C’est le cas de Trump aux États-Unis, de Bolsonaro au Brésil, de Scott Morrison en Australie, qui ont tous élaboré des politiques terribles pour l’environnement.