Europe / Extrême droite

Élections européennes : l’avènement du postpopulisme ?

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Élections européennes : l’avènement du postpopulisme ?

Jordan Bardella, président du parti d’extrême droite français Rassemblement national (RN) et tête de liste du RN pour les élections européennes. © Ed Jones/AFP

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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine, en kiosque le 30 mai 2024.

Les enquêtes prédisent la victoire du Rassemblement national lors des prochaines élections européennes, alors que le parti d’extrême droite a changé de credo vis-à-vis de Bruxelles. Faut-il y voir une percée du « postpopulisme » ?

 

« La France revient, l’Europe revit ! » C’est le slogan de la liste du Rassemblement national, conduite par Jordan Bardella (photo), qui rassemble 31 % des intentions de vote aux élections européennes du 9 juin, selon une enquête menée par Ipsos. Les populistes pourraient donc prendre le contrôle du Parlement, arrivant en tête dans un tiers des États membres, notamment aux Pays-Bas, en Autriche, en Italie et en France. Les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et Identité et Démocratie (ID), deux groupes d’extrême droite, devraient gagner 18 et 40 sièges, pour passer respectivement à 85 et 98 sièges, selon le Conseil européen pour les relations internationales. Ces mouvements se présentent comme un « “correctif utile” et même un “carburant” pour une démocratie libérale où les éléments non démocratiques (disons le libéralisme économique) auraient gagné en force », écrit Jan-Werner Müller, auteur de Qu’est-ce que le populisme ? (Premier Parallèle, 2016). Cependant, leur argumentaire ne repose pas seulement sur leur rejet des élites. « Les populistes sont nécessairement anti-pluralistes : ceux qui s’opposent à eux […] se voient automatiquement exclus par eux du “vrai peuple”. » Or les instances européennes n’ont pas pris acte de cette dynamique. Pire, les technocrates alimenteraient la défiance. Entre technocrates et populistes, « deux extrêmes se rencontrent […] dans une posture antipolitique ». Cette posture, Müller la retrouve dans l’usage même du concept de populisme, « étiré à l’excès (consciemment ou inconsciemment) par les élites européennes de façon à pouvoir ignorer les critiques qu’elles jugent malvenues ». 

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