Hilary Putnam, le philosophe qui a fait sortir l’esprit de sa cuve

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Hilary Putnam, le philosophe qui a fait sortir l’esprit de sa cuve

Hilary Putnam. © Wikimedia Commons

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Né il y a un siècle, mort il y a dix ans, Hilary Putnam (1926-2016) est connu pour avoir proposé l’hypothèse vertigineuse du « cerveau dans la cuve » qui a inspiré le film Matrix. Mais c’est aussi un penseur attachant passé par la France avant de s’imposer comme une grande figure de la philosophie de l’esprit aux États-Unis, où il ne cessa de remettre sur le chantier sa conception « réaliste » de la vérité. Frédéric Manzini dresse un portrait lumineux de cet itinéraire.


 

Hilary Putnam fait partie de ces philosophes devenus célèbres pour une seule idée, au point que celle-ci finisse par occulter le reste de leur œuvre. Son expérience de pensée du « cerveau dans une cuve », souvent présentée comme une version contemporaine du doute cartésien et popularisée bien au-delà des départements de philosophie, notamment après la sortie en salles de Matrix, a éclipsé une pensée beaucoup plus vaste. Car Putnam n’a jamais cessé de remettre en question les oppositions trop simples : entre réalisme et relativisme, entre esprit et monde, entre faits et valeurs. À rebours des philosophes qui bâtissent un système puis s’y tiennent, il passa sa vie à reprendre ses propres positions, jusqu’à faire du renversement de position une méthode de travail.

Une petite enfance française

Hilary Putnam n’a que six mois lorsque, en 1927, ses parents quittent Chicago pour Paris. Le père, Samuel, traducteur et chroniqueur communiste pour le quotidien Daily Worker, y traduit Rabelais et fréquente le cercle des écrivains américains de l’exil, Hemingway, Gertrude Stein, Ezra Pound, James Joyce. Malgré les origines juives de la mère, l’enfant reçoit une éducation résolument laïque. Le jeune Putnam grandit ainsi loin de l’Amérique jusqu’au milieu des années 1930, avant que la famille ne rentre s’établir à Philadelphie. C’est là, au lycée, qu’il croise un certain Noam Chomsky, d’un an son cadet, avec qui il restera lié (mais souvent en désaccord) toute sa vie. Il étudie la philosophie, les mathématiques et l’allemand à l’université de Pennsylvanie, avant de poursuivre à Harvard, où l’enseignement de Willard Van Orman Quine marque durablement sa pensée, puis à UCLA, où il obtient en 1951 son doctorat sous la direction d’une grande figure du positivisme logique, Hans Reichenbach. Excellent mathématicien autant que philosophe, cette manière très singulière de faire dialoguer logique, sciences et questions philosophiques restera sa marque de fabrique tout au long de son existence.

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