Dossier / “Comment se changer les idées ?”

François Specq : “Thoreau invite à se décentrer tout près de chez soi”

Temps de lecture : 4 min

François Specq : “Thoreau invite à se décentrer tout près de chez soi”

Henry David Thoreau. ©Library of Congress - Illustration ©William L.

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine, en kiosque le 28 mai 2025.

Pour prolonger la thématique de notre dossier, nous vous proposons une préface de François Specq, spécialiste de littérature des États-Unis, des extraits des Forêts du Maine, de Henry David Thoreau. Le philosophe y raconte trois  immersions au sein d’une nature sauvage, qui résonnent une invitation à chercher le dépaysement près de chez soi.

 

« Les Forêts du Maine occupent une place particulière dans l’œuvre de Thoreau, car c’est un ouvrage posthume qu’il n’a pas publié lui-même – même s’il y a travaillé avec l’aide de sa sœur jusqu’à sa mort en 1862. Il s’est rendu à trois reprises dans l’État du Maine, en 1846, en 1853, puis en 1857. Contrairement à un usage fréquent dans le genre de la littérature de voyage, il n’a pas cherché à synthétiser ces trois expériences. Il préfère au contraire les juxtaposer, ce qui permet de mesurer l’écart entre l’auteur du premier voyage et celui du dernier, que onze ans séparent.

Thoreau entreprend la première excursion alors qu’il séjourne dans une cabane au bord de l’étang de Walden, non loin de Concord dans le Massachusetts – ce qui est l’un des épisodes les plus connus de sa vie. Quelles sont ses motivations, alors qu’il vit déjà une expérience de retrait dans les bois en quasi-autonomie ? Sans doute souhaitait-il se confronter à une nature véritablement sauvage, ce qui n’était pas le cas à Walden, où il ne vivait pas dans un isolement absolu et où son environnement était déjà très transformé. Cela lui permettait aussi de mieux cerner l’expérience des pionniers – à laquelle son séjour à Walden se référait de manière complexe – avec l’envie et l’ambition poétique de toucher aux origines de l’Amérique. Âgé d’à peine 30 ans, Thoreau est un jeune écrivain qui aspire à publier un texte qui sera remarqué. Il sature son récit de références littéraires et poétiques, tout en jouant avec l’imaginaire convoqué par les nombreux noms de lieux indiens. Le poète anglais William Wordsworth [1770-1850], notamment, est en arrière-plan du premier récit, avec son Guide de la région des lacs.

Cet article est réservé aux abonnés