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Faut-il aimer ce qui nous arrive ?

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Faut-il aimer ce qui nous arrive ?

© Blake Cheek/Unsplash

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Perdre son emploi, être quitté, tomber malade : face aux épreuves de l’existence, une certaine sagesse nous répète qu’il faut prendre sur nous, accepter notre sort voire aimer tout ce qui nous arrive. Mais cette injonction, belle en apparence, est-elle tenable ? Peut-elle et mérite-t-elle d’être mise en pratique ? Réponses avec les stoïciens, Nietzsche et Camus.


 

C’est l’une des plus célèbres formules de Marc Aurèle : « N’aime que ce qui t’arrive et ce qui est filé avec toi dans la trame du destin. Qu’y a-t-il de plus approprié ? » (Pensées pour moi-même, VII, 57). On reconnaît dans ce conseil le principe général du stoïcisme, qui considère que ce qui fait notre bonheur ou notre malheur ne dépend pas tant de ce qui nous arrive que du jugement que nous portons sur ce qui nous arrive. Nous ne maîtrisons ni notre santé, ni notre réputation, ni notre fortune, ni la mort ; en revanche, nous pouvons travailler sur nos jugements, nos désirs et nos refus. D’où la recommandation d’Épictète dans son Manuel : « Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux, mais veuille que ce qui arrive arrive comme il arrive, et tu vivras heureux » (Manuel, VIII).

Découpler l’émotion du jugement

Simple résignation ? Certainement pas ! Car il ne s’agit pas simplement de supporter ce qui est inévitable, mais d’apprendre à désirer l’inévitable. Non pas, comme on caricature parfois le stoïcisme, en s’efforçant de devenir impassible ou insensible à tout ce qui arrive, car Épictète ne demande à personne d’être un roc d’indifférence ; sa méthode invite plutôt à distinguer ce qui, dans le malheur, provient du fait brut et ce qui relève du jugement que nous portons sur lui.

Un licenciement, par exemple, est un événement objectif. Mais se répéter « ma vie est brisée » ou « je suis un incapable » constitue ce que nous appelons aujourd’hui une interprétation, et que les stoïciens appellent une phantasia, généralement traduite par « représentation », qui devient un jugement auquel nous adhérons si nous lui donnons notre assentiment (synkatathesis). C’est sur ce second mouvement que nous pouvons exercer un travail, afin d’empêcher que notre jugement ne transforme l’événement en effondrement.

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