Entretien

Eva Illouz : “Depuis un an, Benyamin Netanyahou a divisé Israël de façon quasiment irrémédiable”

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Eva Illouz : “Depuis un an, Benyamin Netanyahou a divisé Israël de façon quasiment irrémédiable”

Tel Aviv (Israël), le 6 juillet 2024. Une affiche représentant le visage du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avec une empreinte de main rouge, lors d'une manifestation anti-gouvernementale d’activistes de gauche. © Jack Guez/AFP

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Gouvernement isolé, sentiment d’abandon de la population, sur-inflation sécuritaire, réformes anti-démocratiques, flou diplomatique… Eva Illouz, sociologue franco-israélienne, autrice du 8-Octobre (Tracts, Gallimard, 2024), revient sur l’année qui s’est écoulée depuis l’attaque du Hamas.


 

Un an après le 7 octobre 2023, que retenez-vous de cette année de guerre entre Israël et la Palestine ?

Eva Illouz : Avant le 7-Octobre, la stratégie du gouvernement avait mis ce conflit aux oubliettes en pensant le gérer à basse intensité. De toute évidence, cette stratégie a échoué. La droite et l’extrême droite israéliennes avaient espéré maintenir une forme de domination « tranquille » sur le long terme en ignorant qu’elles étaient au-dessus d’un chaudron en ébullition. Sans avancées diplomatiques, ce conflit ne disparaîtra pas : il faut faire un rappel démographique, aujourd’hui le nombre d’Israéliens équivaut au nombre de Palestiniens de la mer au Jourdain. Mais, d’ici une décennie, il est probable que ces derniers soient majoritaires. En parallèle, il faut considérer le problème de l’Iran comme distinct. Depuis des décennies, la monarchie veut asseoir son réseau d’influence dans la région et y assumer une position hégémonique. Le nouveau chef du Hamas, Yahya Sinouar, a choisi de se rapprocher de l’Iran et du Hezbollah libanais, et ces alliances ont pour effet de brouiller la question du sort des Palestiniens. Pour régler la cause palestinienne, il faudrait que celle-ci se désolidarise de l’Iran.

“Pour régler la cause palestinienne, il faudrait que celle-ci se désolidarise de l’Iran”

 

Sur le plan intérieur, est-ce que cette année a renforcé la popularité de Benyamin Netanyahou ?

Netanyahou et ses acolytes messianistes ont divisé le pays de façon quasiment irrémédiable. Ce chef de gouvernement, qui a fait plusieurs visites aux États-Unis ces dernières années, ne s’est pas donné la peine d’aller dans une seule des communautés qui ont été attaquées par le Hamas. N’oublions pas que c’est la société civile et non le gouvernement qui a assuré le soutien aux évacués de la région Sud. Le symbole le plus clair de cette division du pays est qu’il y a deux cérémonies du 7-Octobre complètement séparées : celle du gouvernement et celle de la société civile. Si un pays n’arrive plus à se retrouver pour commémorer ses morts, c’est qu’une béance s’est ouverte à l’intérieur.

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