Dossier / “Être démocrate, c'est quoi ?”

Et si on suivait le régime Dewey ?

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Et si on suivait le régime Dewey ?

Des manifestants participent à un rassemblement après l’annonce des résultats du premier tour des élections législatives françaises, place de la République à Paris, le 30 juin 2024. © Dimitar Dilkoff/ AFP

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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.

L’Assemblée nationale profondément divisée et les majorités éclatées nous invitent à réformer notre pratique politique. Un philosophe américain donne l’exemple : le pragmatique John Dewey, qui rappelle que la démocratie n’est pas un modèle historique à suivre mais une forme de gouvernement qu’il nous revient d’inventer continuellement. 

 

« Il existe un besoin d’expression démocratique. » Ainsi s’exprimait le président de la République dans sa lettre aux Français, mi-juillet. Toutefois, après que les électeurs ont désavoué son mode de gouvernement brutal et maintenant que l’Assemblée est si divisée qu’elle menace d’être ingouvernable, peut-être y a-t-il besoin non seulement d’une « expression » mais bien d’une véritable action démocratique. Or qu’est-ce qu’agir en démocrate ? À quoi pourrait ressembler ce « projet pragmatique et lisible » qu’évoque Emmanuel Macron lui-même ? 


 

Une mission impossible

Être démocrate, c’est d’abord gouverner par et pour le peuple. Mais ce « peuple » demeure difficile à définir. Certains considèrent qu’il est uni, avec une identité (historique ou nationale) déterminée, d’autres qu’il est fondamentalement hétérogène (se constituant dans notre creuset républicain, sans unité prédéfinie). Parler de peuple semble donc hasardeux, et on peut préférer se rapporter à la « voix populaire » telle qu’elle s’exprime dans les urnes. L’extrême droite tire d’ailleurs sa légitimité d’un vote massif en sa faveur – plus de 10 millions de voix pour le Rassemblement national (RN) et ses alliés le 7 juillet –, confortée par une participation historiquement haute. Le RN n’hésite à pas à se présenter comme le « premier parti de France », ramenant sa compréhension de la démocratie à un plébiscite – en témoigne sa volonté affichée de multiplier les référendums. 

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