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Emma Becker : “Les hommes se mettent à redouter le combat féministe, alors qu’il va aussi dans leur sens”

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Emma Becker : “Les hommes se mettent à redouter le combat féministe, alors qu’il va aussi dans leur sens”

© Patrice Normand/Leextra/Opale.photo

Autrice de romans à succès sur la question du désir, du couple, de la liberté sexuelle, Emma Becker co-publie chez Philosophie magazine Éditeur Les femmes vont-elles libérer les hommes ?, une conversation avec Laure Adler et Romain Roszak menée par Martin Legros et Karim Rissouli, prolongement de débats engagés dans l’émission C ce soir sur France 5. En voici un extrait exclusif, en accès libre. 


 

Ceci est un extrait exclusif du livre Les femmes vont-elles libérer les hommes ? (Philosophie magazine Éditeur). Retrouvez-le en vente dans votre librairie préférée.

 

« J’ai toujours été persuadée qu’au fond les hommes étaient tout aussi prisonniers du système patriarcal qui, en dépit des bénéfices qu’ils en retirent, les enferme dans un rôle très contraint. Mais je pense cependant qu’ils n’ont pas eu la même urgence que les femmes à contester ce système. Le vrai progrès qu’il reste à faire aujourd’hui, à mes yeux, se situe dans la relation intime, dans le couple. Et les hommes comme les femmes auraient tout avantage à voir évoluer les choses. Et peut-être que les femmes ont un rôle à jouer vis-à-vis des hommes. Il ne s’agit pas pour elles de prendre la main des hommes pour les emmener sur le chemin de la libération. Mais pour leur faire prendre conscience que ce système leur est tout aussi néfaste qu’à nous.

Les femmes ont commencé plus tôt à se défaire du système patriarcal, elles savent de quoi ce combat est fait et elles pourraient le faire comprendre aux hommes. Cela passe par la multiplication des témoignages et des récits féminins, dans la littérature, le cinéma, etc. Le féminisme n’est pas un combat contre les hommes, au contraire. Mais c’est ce que tendent de plus en plus à penser les hommes. À mesure que les lignes bougent, il va y avoir un vrai problème de communication : les hommes se mettent à redouter ce mouvement, en pensant qu’il va contre leur bien-être, leur confort, tout ce qu’ils connaissent. Ils se crispent à cause d’une crainte fantasmatique. Alors que le combat des femmes va fondamentalement dans le sens des hommes aussi. Les hommes ont participé au combat féministe par le passé, pourquoi semblent-ils résister aujourd’hui ?

[…]

Est-ce qu’un homme peut se dire féministe ? Ou seules les concernées sont-elles capables de parler de leur condition ? Personnellement, je n’ai jamais vraiment vu la différence subtile entre un homme qui se dit féministe et un homme qui ne s’autorise qu’à se dire “allié” parce qu’il n’est pas une femme et qu’il ne connaîtrait pas dans sa chair l’expérience vécue des femmes. Mieux, qu’il ferait violence à cette expérience en prétendant en parler… Je trouve que c’est un peu simpliste.

La question “les femmes peuvent-elles libérer les hommes ?” me trouble. Sur le fond, oui, pourquoi pas. Les hommes ont certainement beaucoup à gagner eux-mêmes dans l’accès à l’égalité femmes-hommes. Mais telle qu’elle est formulée, la question me laisse penser : “Tiens, voilà encore un truc que l’on va faire reposer sur les épaules des femmes.” Je la reçois sur le fond d’une très grande fatigue, la fatigue qui est celle des femmes. Cette fatigue est un bon curseur pour aborder ces questions de manière concrète. Car je ne suis pas sûre que les hommes l’éprouvent dans leur chair. Un homme peut être féministe… mais peu d’hommes, même féministes, éprouvent la fatigue des femmes. »

 

Emma Becker