Éloges des « mauvaises » herbes

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Cet article est issu du Hors-série n°65 de Philosophie magazine, en kiosque le 07 mai 2025.

Elles sont les impopulaires du jardin : petites plantes insolentes qui repoussent partout et « gâchent » la composition bien ordonnée. Entre mépris et ignorance, nous ne prenons même pas la peine de distinguer ces espèces modestes qui prolifèrent spontanément. Nous disons simplement : les herbes, les mauvaises herbes, voire les « herbes méchantes » pour Olivier de Serres, le père de l’agronomie française. Petit florilège des commentaires sur ces mal-aimées.

 

À la charnière du Grand Siècle et des Lumières, Antoine Houdar de La Motte alerte sur la malignité d’une ronce rusée qui supplie : « Mets-moi dans ton jardin. » Une fois transplantée, « elle se multiplie ; elle étend sa racine et ses branches au loin. Sous ses filets armés tout se casse, tout plie ; fruits, potager, tout meurt ; les fleurs deviennent foin. » Un vrai cauchemar.

Un siècle et demi plus tard, Maurice Maeterlinck déplore ce traitement dans L’Intelligence des fleurs : pour beaucoup, les mauvaises herbes « ne servent à rien. Çà et là, quelques-unes, dans de très vieux villages, gardent encore le prestige de vertus contestées. Çà et là, l’une d’elles, tout au fond des bocaux de l’apothicaire ou de l’herboriste, attend encore le passage du malade fidèle aux infusions traditionnelles. Mais la médecine incrédule les délaisse. »

Le philosophe Emerson est plus fin : « Une mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas encore trouvé les vertus. »

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