Portrait

Elizabeth Anscombe, la logicienne qui voulait réhabiliter la vertu

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Elizabeth Anscombe, la logicienne qui voulait réhabiliter la vertu

Elizabeth Anscombe. ©Domaine public

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Philosophe majeure du XXe siècle, Elizabeth Anscombe reste mal connue en France, où elle est peu traduite. La publication récente d’un recueil de ses articles constitue un événement, qui offre l’occasion de revenir sur une pensée aussi forte et controversée que l’était cette philosophe britannique.


Un seul événement suffit à donner à voir le type de femme qu’était Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe (1919-2001). Il se déroule le 1er mai 1956, au sein de la prestigieuse université d’Oxford. Alors que sont réunis tout le gratin académique et la bonne société pour décerner, entre gentlemen, un diplôme honorifique à l’ancien président des États-Unis Harry Truman, Elizabeth Anscombe s’avance devant l’assemblée. Elle prend la parole pour s’opposer solennellement au fait que soit honoré celui qu’elle qualifie de « criminel notoire », d’« imbécile » et de « boucher » : à ses yeux, Harry Truman est coupable d’avoir pris la décision de larguer des bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki onze ans plus tôt.

“Une philosophe jamais prête à céder sur la sincérité de son engagement moral, pas plus que sur le catholicisme auquel elle s’est convertie à l’âge de 17 ans”

C’est peu de dire que cette Irlandaise de naissance était une femme forte, radicale, peu soucieuse des conventions sociales, au point d’être parfois même brusque et « clivante », comme on dit aujourd’hui. Une philosophe jamais prête à céder sur la sincérité de son engagement moral, pas plus que sur le catholicisme auquel elle s’est convertie à l’âge de 17 ans – cette foi la conduira à s’opposer au droit à la contraception et à l’avortement (elle-même a d’ailleurs été la mère de sept enfants). 

 

Héritière de Wittgenstein… mais pas que

Mais Anscombe, avant de devenir une moraliste, a d’abord été une logicienne. Séduite par la philosophie de Ludwig Wittgenstein auprès de qui elle se forme, elle se lie d’amitié avec lui. Elle noue une complicité intellectuelle telle qu’elle devient son exécutrice testamentaire, l’éditrice scientifique de son œuvre, ainsi que la traductrice en anglais de ses Recherches philosophiques. Après avoir enseigné à Somerville College (qui est à l’époque l’un des college constitutifs de l’université d’Oxford réservé aux femmes), elle est recrutée en 1970 à la chaire de philosophie de l’université de Cambridge, celle-là même qu’avait occupée Wittgenstein.

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