Reportage

Bardella/Mélenchon : les meilleurs ennemis de la présidentielle 2027 ?

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Bardella/Mélenchon : les meilleurs ennemis de la présidentielle 2027 ?

À g. : militants LFI lors de la venue de Jean-Luc Mélenchon, le 1er mars 2026, au Palais des congrès de Perpignan (66). © Jc Milhet/Hans Lucas via AFP — À dr. : le président du RN Jordan Bardella (au centre) arrive au Parc des expositions de Perpignan, le 28 février 2026. © Ed Jones/AFP

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Jordan Bardella samedi, Jean-Luc Mélenchon dimanche. Le week-end du 28 février, les chefs du RN et de LFI se sont opposés à distance lors de meetings, à Perpignan. Officiellement venus pour les municipales, ils avaient tous deux en tête 2027. Une rhétorique du « choc des extrêmes » est-elle en train de se mettre en place ?

 

« Oh ! mais elle va arrêter, la petite, avec le drapeau ? » Giulia, 2 ans et un palmier hirsute sur la tête, fait joujou avec une bannière tricolore sur les genoux de sa grand-mère, au grand dam de leur voisine de tribune. Carine, jeune mamie de 49 ans, est venue « en famille » écouter Jordan Bardella, samedi 28 février, au Parc des expositions de Perpignan. « La mère de la petite ne pouvait pas venir, elle travaille », précise cette militante du Rassemblement national [RN] employée dans le secteur textile. Son gendre, assis près de la poussette remplie de bouteilles d’eau, refuse poliment de nous parler : « Professionnellement, j’ai un devoir de réserve. » 

Michel Sardou et coupure d’électricité

Environ trois mille personnes, surtout venues des Pyrénées-Orientales, patientent dans l’immense salle sur une bande-son de karaoké : Johnny Hallyday, Dalida, Michel Sardou par deux fois. Sur les gradins, tout le monde attend « Jordan », intronisé président du RN dans cette même ville en 2021 contre Louis Aliot, l’actuel maire de Perpignan. Bien qu’apprécié des militants, ce dernier, qui brigue un second mandat dans la plus grande ville française administrée par le parti, sait qu’il n’est pas l’homme du jour : « C’est la quatrième fois qu’on assiste à un discours de Jordan, s’enthousiasme Carine. C’est le seul à dire : “La France aux Français.” On n’a rien contre les étrangers, on n’est pas racistes, mais voilà. C’est nous d’abord. Ensuite, on voit ce qu’on peut apporter. »

Salariée à temps partiel, Carine vit mal d’avoir perdu sa prime d’activité il y a trois mois, « pour un excédent de 200 euros ». Son mari, souffrant d’une affection longue durée, « ne se fait plus rembourser ses taxis quand il va à l’hôpital ». En discutant dans les travées, on croise souvent ce type de profil, des personnes peu diplômées qui confessent un sentiment d’abandon de l’État. Josyane, 68 ans, ancienne aide à domicile, déplore ainsi toucher une retraite « minuscule » après avoir « travaillé pour 800 euros par mois, parfois jusqu’à 20 heures ». « La France ne va pas bien depuis longtemps, mais avec Macron elle a complètement dégringolé », juge-t-elle. Son mari, artisan retraité, écoute en silence, prêt à dégainer le drapeau. « Jordan fait un duo parfait avec Marine. Certes, il est jeune, mais on sent qu’il a une culture politique. Il peut nous emmener loin. »

“Le mantra ‘On est chez nous’ des militants frontistes est remplacé par un plus allusif ‘Nous sommes d’ici’”

Un costaud en t-shirt AC/DC se dandine sur Born to Be Alive. La foule est debout, Louis Aliot monte sur scène. L’édile prononce un discours sans dérapage ni annonce tonitruante. Le slogan de campagne de cet avocat de formation ? « Continuons ensemble. » Sécurité, logement, santé mais aussi bien-être et écologie : après le « redressement » du premier mandat, il promet des « innovations » au second. En dépit d’une allusion à « la social-démocratie européiste qui pactise avec l’extrême gauche antisémite » – huées dans la salle –, Louis Aliot la joue plutôt sobre. Le mantra « On est chez nous ! » des militants frontistes est remplacé par un plus allusif « Nous sommes d’ici », permettant d’inclure des populations perçues comme allogènes, à la fois roussillonnaise, gitane, catalane et hexagonale, dans une ville où certains quartiers comptent pourtant plus de 30 % d’habitants d’origine maghrébine. 

Après la diffusion d’une vidéo de Marine Le Pen, très applaudie, Jordan Bardella fait son entrée depuis le haut de la tribune centrale. Une mise en scène calibrée : marche après marche, baigné de lumière, il enchaîne selfies et serrages de main, avec une chaleureuse décontraction. Son discours d’une demi-heure combine des généralités sur « les épreuves que traverse le pays », des piques envers « le budget socialiste » de l’exécutif et des éléments plus neufs, tels qu’un refus de « la mexicanisation de nos quartiers » – le Mexique venant de connaître des émeutes après l’assassinat du baron de la drogue El Mencho – ou encore une incitation à venir « créer des entreprises » à Perpignan.

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