Élections européennes

Du “soin de l’âme” à la Charte 77 : le parcours européen de Jan Patočka

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Du “soin de l’âme” à la Charte 77 : le parcours européen de Jan Patočka

Jan Patočka. © ČT-Ceskatelevize

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Philosophe tchèque, phénoménologue, théoricien de l’histoire, Jan Patočka est aussi un grand penseur de l’Europe. Il la relie notamment à la philosophie grecque et au concept de « soin de l’âme ». Portrait d’un Européen convaincu, mort avant que son pays a eu l’opportunité de rejoindre l’Union.


 

« S’il fallait trouver un nom pour incarner l’Europe de la culture, culture de la liberté et liberté de la culture, ce serait celui de Jan Patočka. » Cette déclaration de l’écrivain et résistant espagnol Jorge Semprún résume parfaitement la vie et l’œuvre de ce philosophe tchèque né en 1907 à Turnov, au nord de Prague. Plus connu pour ses travaux sur la philosophie de l’histoire (Essais hérétiques, 1975) ou de phénoménologie (Le Monde naturel comme problème philosophique, 1976), Jan Patočka (1907-1977) a développé une pensée de l’Europe originale, qu’il tenait lui-même pour « sa thèse la plus propre ».

Qu’est-ce-que l’Europe ? Là où les géographes délimitent un continent, les politiciens font déraper la frontière – en témoigne encore l’accession de la Géorgie au statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne le 14 décembre dernier. À l’occasion des élections européennes du 9 juin, les différents partis politiques se sont livrés quant à eux à une glossolalie verbeuse, tâtonnant à la recherche d’une définition de l’Europe, singée en oriflamme partisan. Dans le vacarme, certains hellénistes [les italiques sont de Patočka] ont voulu rappeler l’origine du mythe grec d’Europe, nous éclairant à demi-mot sur ce qu’elle pourrait bien signifier pour nous, contemporains. Pour Patočka, c’est bien de la Grèce qu’il faut partir, à condition seulement d’y voir le lieu de naissance de l’Europe comme de la philosophie.

Un itinéraire européen

Cette réflexion sur l’Europe résonne avec le parcours de ce penseur incontournable du XXe siècle, formé à l’école de la phénoménologie d’abord à Paris, où il suit le séminaire donné par Edmund Husserl en 1928-1929, et ensuite à Berlin et Fribourg, où il collabore avec lui tout en suivant les cours d’un autre phénoménologue, Martin Heidegger. Mais c’est à l’université Charles de Prague que Patočka réalise ses premières passes d’armes philosophiques, y défendant une thèse sur la notion d’évidence ainsi qu’une thèse d’habilitation en 1937 intitulée « Le monde naturel comme problème philosophique ». Un premier travail qui préfigure déjà sa phénoménologie « a-subjective » dans son attention qu’il porte à la notion de « monde » : pour Patočka, il convient de repousser les limites subjectives de la phénoménologie husserlienne (selon lesquelles la connaissance est chevillée au vécu d’un sujet) pour exprimer un mode d’être plus profond, lié au mouvement physique du monde.

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