Politique
Du populisme au “post-populisme” : entretien avec Thibault Muzergues
“...D’un côté, le populisme de Viktor Orbán (à g.), de l’autre le post-populisme porté par Giorgia Meloni. Il y a des oppositions politiques et intellectuelles assez rudes entre ces deux tendances…” Bruxelles, le 21 mars 2024. Les deux dirigeants lors d’une table ronde au sommet de l’UE. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA
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Ni fasciste, ni populiste : pour le politologue Thibault Muzergues, la Première ministre italienne Giorgia Meloni est la figure de proue d’une nouvelle idéologie politique, le « post-populisme ». Présentation d’un courant qui pourrait bousculer les élections européennes de juin.
Comment définissez-vous le post-populisme ?
Thibault Muzergues : Le post-populisme est un nouveau paradigme politique. On peut le caractériser par l’abandon progressif du clivage peuple/élite (à la base de la proposition populiste) et par le retour, en lieu et place, d’un clivage droite-gauche plus classique. Les notions de droite et de gauche ont évidemment beaucoup bougé. La droite est assurément plus à droite. Quant à la gauche, difficile de dire si elle est plus à gauche (c’est le cas par exemple en Italie avec Elly Schlein), ou si elle s’est déportée sur la droite, se transformant en une gauche « blairienne 2.0 » capitulant sur certaines questions comme la migration (c’est le cas par exemple de la gauche danoise). Bref, les coordonnées se sont déplacées. Mais le post-populisme revient à une forme de débat d’idées, parce que la gauche et la droite ont à nouveau des idées différentes à proposer. Dans les années 1990-2000, il y avait un tel consensus au sein du personnel politique que les électeurs ont fini par avoir le sentiment que la droite et la gauche étaient identiques, à quelques infimes nuances près. Après la crise de 2008, face à une situation très difficile, une partie de l’électorat était en demande de mesures très radicales, disruptives. Les choses ont changé.