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“À côté de l’histoire du Sénégal démocratique, il y a aussi l’histoire moins reluisante de dirigeants aux velléités absolutistes”

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“À côté de l’histoire du Sénégal démocratique, il y a aussi l’histoire moins reluisante de dirigeants aux velléités absolutistes”

Dakar (Sénégal), le 15 mars 2024. Un homme visionne la conférence de presse conjointe du chef de l'opposition sénégalaise Ousmane Sonko et de son candidat à l’élection présidentielle Bassirou Diomaye Faye, après leur sortie de prison. © Cem Ozdel/Anadolu/AFP
 

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Si la présidentielle sénégalaise s’est conclue, il y a quelques jours, par la victoire du leader de l’opposition, le processus électoral a été marqué par de nombreux rebondissements qui interrogent sur la vitalité de sa démocratie. L’éclairage d’Issa Cissé, docteur d’études anglophones et de philosophie politique, auteur de Sénégal : la lente maturation démocratique (L’Harmattan, 2023).


 

Pouvez-vous résumer les différents rebondissements de la présidentielle sénégalaise qui s’est tenue le 24 mars dernier ? 

Issa Cissé : L’élection présidentielle se jouait entre deux camps : celui du président sortant, Macky Sall, à qui l’on a d’abord attribué une volonté de briguer un troisième mandat – jugé anticonstitutionnel par l’opposition dans son ensemble –, et le camp de son principal opposant, Ousmane Sonko. Au lendemain de sa réélection à la tête de l’État en 2019, le président Sall avait répondu, à la question de savoir s’il comptait se limiter à deux mandats, qu’il ne dirait « ni oui, ni non ». L’opposition y a vu une volonté non avouée de briguer une troisième candidature au mépris de la charte fondamentale. La question du troisième mandat est dès lors devenue centrale dans les débats politiques, et a dominé jusqu’en 2021. C’est l’année où la figure d’Ousmane Sonko est venue au cœur des discussions, avec ce qui est souvent appelé « l’affaire Adji Sarr », du nom de la masseuse qui l’a accusé de viol et de menaces de mort en février 2021. 

 

Était-ce une manœuvre politique ? 

Cette affaire a très vite pris de grandes proportions ; la diligence avec laquelle la justice s’en est occupée a aussitôt alerté les observateurs, qui y ont vu un complot ourdi par le pouvoir dans le seul but de liquider un adversaire politique. Le débat s’est donc orienté dès février 2021 sur la volonté du président Sall de se débarrasser du seul adversaire politique qu’il n’avait pas réussi à rallier à son camp. Pour celui qui était devenu le chef de l’opposition et dont la popularité ne cessait de croître, les procès se sont succédé. Ce sont ces dynamiques qui ont concouru aux rebondissements à quelques mois de l’élection présidentielle initialement prévue pour février 2024. 

“L’enjeu principal de l’élection de mars 2024 est de passer d’une démocratie qui louvoie à une démocratie stabilisée, consolidée”

 

Que s’est-il passé alors ?

En juillet 2023, Macky Sall avait annoncé qu’il ne briguerait finalement pas un troisième mandat. Le pouvoir a essayé de barrer la route à Ousmane Sonko. Des barricades ont été installées autour de son domicile à quelques mois de la présidentielle ; c’est cela aussi qui a conduit à une nouvelle arrestation, d’abord pour « vol de téléphone » – requalifiée en « appel à l’insurrection » –, à son emprisonnement, et à la dissolution extrajudiciaire de son parti Pastef–Les Patriotes, à moins de six mois de la présidentielle. Il est devenu clair que Sonko ne pourrait pas être candidat. Contre toute attente, alors que Sonko avait proposé trois candidats de substitution, le Conseil constitutionnel a validé la candidature de Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général du Pastef, ce qui a été vécu dans le camp du pouvoir comme un scandale. C’est sans nul doute ce fait qui est le facteur principal de la tentative du président Sall de reporter unilatéralement les élections sine die, à moins de 24h de l’ouverture de la campagne électorale. Cette décision impopulaire et les condamnations unanimes, aussi bien au niveau national qu’international, ont certainement conforté le Conseil constitutionnel, qui a finalement révoqué l’annulation du décret convoquant le corps électoral. Macky Sall a alors été sommé d’organiser les élections dans les plus brefs délais. La perte de l’emprise qu’il avait sur la justice a signé la fin des dérives vers l’autoritarisme que l’on observait depuis un certain temps. Bref, l’enjeu principal de l’élection présidentielle de mars 2024 reste avant tout un retour à un véritable ordre démocratique. Il est question de passer d’une démocratie qui louvoie à une démocratie stabilisée, consolidée, et qui, à côté des institutions solides qui jouent pleinement leur rôle, a aussi pour garant le peuple – qui n’est plus constitué simplement de ceux sur qui s’exerce la loi, mais aussi de ceux qui veillent à ce que la règle de droit ne courbe l’échine devant aucune force, quelle qu’elle soit. 

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