Dossier / “L’Empire, stade ultime du capitalisme ?”

Comment les nouveaux empires rebattent les cartes du monde

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Comment les nouveaux empires rebattent les cartes du monde

Les géographes Jacques Lévy et Sébastien Piantoni ont conçu les quatre cartes que nous vous présentons ici.

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Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine, en kiosque le 19 février 2026.

Nous avons exceptionnellement fait appel à deux spécialistes pour rendre compte de la formation des nouveaux empires. Les géographes Jacques Lévy et Sébastien Piantoni ont conçu les cartes que nous vous présentons ici. Elles exposent les dynamiques de conquête qui structurent actuellement les trois empires américain, chinois et russe. L’ensemble est accompagné d’une lecture idéologique et stratégique de la politique menée par ces « nouveaux maîtres du monde » – où l’Europe apparaît en marge, avec son idéal de paix post-impériale. Anachronique ou courageux ? 

L’empire américain

© Sources : nomreuses sources publiques. Réalisation : Jacques Lévy (Chôros) et Sébastien Piantoni (laboratoire Habiter-Université de Reims), 2026

© Sources : nombreuses sources publiques. Réalisation : Jacques Lévy (Chôros) et Sébastien Piantoni (laboratoire Habiter-Université de Reims), 2026

Personnalité du dirigeant

45e puis 47e président des États-Unis, Donald Trump n’a pas le profil d’un intellectuel tenant à des idées fortes. Il entretient une vision transactionnelle et mercantile de la politique, comme art du « deal » visant à l’enrichissement. Selon lui, ce qui ne rapporte plus doit être abandonné – comme en témoigne le retrait des États-Unis de près de soixante-dix organisations internationales « qui ne servent plus les intérêts américains ». 

Son style de communication a fait basculer la politique dans l’ère de la « post--vérité » : il ne s’agit pas pour lui de faire un usage traditionnel de la propagande en biaisant les chiffres ou la présentation des événements, mais carrément de proposer des « réalités alternatives », d’inventer des faits de toutes pièces. Sur la scène internationale, ce goût de l’outrance l’a souvent conduit à adopter ce qu’on appelle la « stratégie du fou », qui consiste à promettre le pire à ses ennemis jusqu’à verser dans l’irrationalité, pour se rétracter ensuite. 

Mobilisant les masses populaires contre les élites, Trump pratique le rapport de force dans tous les domaines, s’affranchissant des usages comme des règles du droit. Sans pour autant manier de concepts précis, il s’inscrit dans une mouvance conservatrice théorisée par le philosophe et économiste américain Murray Rothbard (1926-1995) : le « paléo-libertarianisme ». Ce dernier prône le « populisme de droite », et, selon lui, « la tâche des paléo-libertariens est de sortir du gouffre sectaire libertaire et de forger des alliances avec les “réactionnaires” culturels et sociaux, ainsi que politico-économiques »… de tous les pays (lettre d’information « The RothbardRockwell Report », février 1993).

Idéologie

Formulée le 2 décembre 1823 devant le Congrès des États-Unis, la « doctrine Monroe » – nommée d’après le président de l’époque James Monroe (1758-1831) – entend dissuader les puissances européennes de toute intervention sur le continent américain. Présentée comme défensive, elle devient offensive sous le mandat de Theodore Roosevelt (1858-1919). Ce dernier, connu pour sa politique étrangère abrupte, dite du « Big Stick » (diplomatie du « gourdin »), propose une interprétation ouvertement expansionniste de la doctrine Monroe dans le « corollaire Roosevelt » de 1904. Par ce glissement doctrinal, les États-Unis s’érigent alors en gendarme autoproclamé du continent et en leader de l’« hémisphère occidental ». À cet interventionnisme militaire s’ajoute peu après, en 1909, une « diplomatie du dollar », qui consiste à déployer son pouvoir économique dans le monde en se faisant créancier et en investissant dans les infrastructures de pays d’Asie et d’Amérique du Sud.

Dans le document « National Security Strategy 2025 » publié par la Maison Blanche, Donald Trump affiche sa volonté d’ajouter à son tour un « corollaire Trump », pour former ce que les commentateurs politiques ont appelé une « doctrine Donroe » – néologisme associant Donald et Monroe. En clair, il veut protéger les intérêts américains contre les ambitions de l’Europe mais aussi – et surtout – contre toute menace venant de la Chine.

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