Exposition

“Bande dessinée, 1964-2024” : penser dans la case

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“Bande dessinée, 1964-2024” : penser dans la case

Bande dessinée, 1964-2024 au Centre Pompidou. © Audrey Laurans/Centre Pompidou

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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine, en kiosque le 22 août 2024.

La bande dessinée s'expose dans toute sa diversité au Centre Pompidou à Paris. L’occasion de découvrir pourquoi cet art échappe encore et toujours à toute définition.

 

Ce parcours nous mène d’une bulle à l’autre. Il débute en 1964, date de la première mention d’un « neuvième art » qui marque aussi l’apparition de revues dessinées pour adultes – à l’instar de Hara-Kiri, le journal « bête et méchant » en France, du mensuel japonais d’avant-garde Garo ou de Zap Comix dans lequel s’exprime le milieu underground américain, comme Robert Crumb. Leurs couvertures sont exposées dès l’entrée. De grands paravents blancs dessinent ensuite des « gouttières », un chemin entre des « cases » thématiques dédiées, par exemple, au rire, à la représentation de l’histoire ou à l’anticipation. Tous les grands noms y sont représentés – Art Spiegelman, Chris Ware, Marjane Satrapi ou Jirō Taniguchi… –, mais aussi de moins connus – dont l’Italien Lorenzo Mattotti (et ses magnifiques planches colorées), Fabrice Neaud (auteur d’un remarquable Journal autobiographique) ou Posy Simmonds (lauréate du Grand Prix à Angoulême, cette année). L’autrice Anouk Ricard, qui signe une série dans notre magazine, en est également ! Des pages issues des Cités obscures de François Schuiten et de Benoît Peeters parachèvent cette traversée éclectique. À la question de savoir ce qui unit ces différents univers, ces méthodes et ces styles infiniment variés sous le même intitulé de « bande dessinée », l’essayiste Benoît Peeters (qui signe un article dans l’excellent catalogue), spécialiste de Derrida mais aussi de Hergé, confie d’ailleurs sa perplexité. Dans un essai intitulé Génie de la bande dessinée, issu de ses cours au Collège de France, il conclut que « nos tentatives de définition ne peuvent que s’élargir à mesure que le neuvième art continue de se métamorphoser. […] Mais le génie de la bande dessinée tient à la transgression permanente de ses limites ». L’écrivain s’essaie pourtant à cette impossible définition en identifiant des invariants, parmi lesquels un jeu entre ce que le philosophe Gilles Deleuze appellerait la « différence et la répétition », entre des traits « permanents » et « non permanents », afin que les personnages soient immédiatement reconnaissables mais jamais figés. La BD tient ainsi à cet exercice de la « métamorphose », à un art de l’ellipse, et la spécificité de la case au fait d’être, rappelle Benoît Peeters, « une image synthétique, qui ne pourrait pas se dérouler en un clin d’œil. Et dans le blanc entre deux cases, que l’on appelle la gouttière ou l’espace intericonique, il peut se passer des choses essentielles ». L’exposition se prolonge ainsi dans tous les espaces du Centre Pompidou, notamment dans les salles du musée, où auteurs contemporains (dont Catherine Meurisse) glissent leurs propres œuvres entre les pièces de la collection. Il s’y passe des « choses essentielles ». 

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