Les clés d’un classique
Averroès, commenter et concilier
© William L pour PM
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Cet article est issu du numéro 196 de Philosophie magazine, en kiosque le 15 janvier 2026.
Averroès est né en 1126, il y a exactement 900 ans, à Cordoue. Ce commentateur passionné d’Aristote a su faire dialoguer philosophie et religion, raison et foi, une démarche dont se revendiquent aujourd’hui nombre d’intellectuels arabes contemporains.
Quand on évoque la pensée arabe, c’est le premier nom qui vient à l’esprit, même neuf cents ans après sa naissance – sacrée prouesse. Pourtant, bien malin celui qui entrera sans difficulté dans l’œuvre de celui que l’on surnomme « le Commentateur », tant les problèmes qui l’ont occupé peuvent nous paraître aujourd’hui obscurs. L’intellect est-il divisé entre chaque individu, ou forme-t-il un tout unifié, un « monopsychisme » ? Dieu peut-il se voir attribuer des qualités humaines, ou n’est-il que pur intellect ? À quel point faut-il rendre son discours accessible à tous ? Cette dernière question n’a pour le coup rien perdu de son actualité. Accompagné de sa lecture d’Aristote, Averroès (1126-1198) trace un chemin philosophique qui tente de tenir ensemble foi et raison, sans jamais hiérarchiser l’une par rapport à l’autre. Si les rivalités politiques de son temps ont pu affecter sa position et son confort matériel, elles n’ont eu que peu d’influence sur ses convictions philosophiques et religieuses, lui qui resta toutefois proche du pouvoir tout au long de son existence.
Le philosophe et le calife
Impossible de parler d’Averroès sans évoquer Aristote, l’affaire de sa vie. C’est à lui qu’il doit son surnom : le plus clair de ses écrits consiste en un commentaire serré de l’œuvre du philosophe grec. Rien à voir avec une absence d’originalité ou une forme de paresse intellectuelle : au XIIe siècle, la philosophie se pratique en s’écharpant sur l’interprétation des Anciens et en pratiquant des acrobaties de pensée tentant de concilier cosmogonie grecque et monothéismes. Dans l’Espagne (alors dénommée al-Andalus) sous domination arabe, Aristote est à la mode. Averroès s’y intéresse d’ailleurs après un voyage au Maroc au cours duquel le futur calife Abu Yaqub Yusuf lui demande des éclaircissements sur des points de la doctrine aristotélicienne. Peut-être est-ce d’abord pour flatter la curiosité d’un puissant qu’Averroès se lance dans l’étude approfondie des Politiques et de la Métaphysique. Mais ce premier élan opportuniste se transforme vite en passion et joute intellectuelle, qui donnera lieu à de nombreux ouvrages, dont le Discours décisif, Incohérence de l’incohérence et L’Intelligence et la Pensée.