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“Agir, réagir, surréagir ?” Découvrez le livre-dialogue entre l’académicien Raphaël Gaillard et le général Lecointre

Temps de lecture : 3 min

“Agir, réagir, surréagir ?” Découvrez le livre-dialogue entre l’académicien Raphaël Gaillard et le général Lecointre

© Philosophie magazine Éditeur

Comment agir dans une époque obscure et incertaine ? Comment bien réagir, ne pas surréagir, quand l’incertitude prend autant de place ? Ce sont les questions au cœur du nouveau livre publié par Philosophie magazine Éditeur, qui se compose en deux parties : un essai introductif rédigé par la philosophe Fanny Lederlin, et un dialogue entre le psychiatre et académicien Raphaël Gaillard et le général François Lecointre.

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Comment agir quand l’incertitude dépasse les niveaux auxquels sont habitués les membres d’une société complexe ? Voici la réponse donnée par un grand patron français interrogé sur le manque de visibilité économique (Radio Classique, 22 avril 2025) : « C’est très simple : quand on est dans le brouillard, on n’a pas le choix, il faut freiner. » À cette formule sans fioritures, Pierre‐André de Chalendar, longtemps P‐DG de Saint‐Gobain et actuel président de l’Institut de l’entreprise, ajoutait un corollaire. Cette voiture qui ralentit dans le brouillard, c’est bien sûr l’entreprise. Mais tout en ralentissant pour éviter la sortie de route, elle doit se préparer à ce qui suivra. Comment ? En innovant, et même en accélérant l’innovation.

Émise par l’ancien dirigeant expérimenté d’un des plus grands groupes industriels français, cette recommandation entre en résonance avec le livre que vous avez en main. La collection « Méditations sur le risque » a pour ambition de porter un regard différent sur les événements. Ni celui de l’économiste ni celui de l’historien, même si nous baignons tous dans un moment économique et historique particulier. Le but est autre : creuser pour comprendre ce qui est en jeu sous la couche superficielle de l’évidence ; poser des questions et tenter d’y répondre de façon ouverte avec les ressources, anciennes et modernes, de la philosophie.

Autour du thème de l’action, nous avons sollicité une philosophe, Fanny Lederlin, autrice de plusieurs ouvrages sur le travail et d’un récent essai intitulé Critique en crise. Comment prétendre changer le monde aujourd’hui ? Elle s’est notamment appuyée sur l’œuvre de Hannah Arendt qui, au sortir des « sombres temps » du xxe siècle, n’a cessé de se demander comment agir et penser librement – non pas en se repliant sur soi pour fuir l’incertitude, mais au contraire en s’ouvrant à « l’appel du monde ». Dans le sillage de la grande théoricienne du politique, Fanny Lederlin explore avec brio quatre régimes d’action qui s’offrent à l’individu contemporain – certains bien plus désirables que d’autres à ses yeux.

Pour le dialogue, nous avons choisi délibérément de nous décentrer. Ceux qui ont accepté notre proposition de débattre sur la nature de l’action sous contrainte d’incertitude sont, d’un côté, un grand psychiatre, le professeur Raphaël Gaillard, et, de l’autre, un grand militaire, le général François Lecointre.

Nous avons fait le pari que les expériences humaines extrêmes qu’impliquent leurs professions respectives donneraient une profondeur particulière à cet échange. Le général Lecointre, chef d’état‐major des armées de 2017 à 2021, est aujourd’hui grand chancelier de la Légion d’honneur. Il explique que si l’action militaire s’enracine dans une intense planification et répond à une mission définie par le politique, c’est bien concrètement le soldat qui doit agir sur le terrain face à l’imprévu, confronté au risque d’être tué et à celui de tuer lui‐même. Ce tabou suprême n’est admissible que si chacun, jusqu’au plus petit échelon, est convaincu du sens de la mission. 

Son interlocuteur Raphaël Gaillard, élu à l’Académie française en 2024, est un chercheur en neurosciences cognitives en même temps qu’un hospitalo‐universitaire. C’est en scientifique qu’il décrit les découvertes récentes de la recherche sur la manière dont le cerveau humain réagit face à l’incertitude. Quand la réalité devient incompréhensible et aléatoire, ce que notre cerveau produit pour se protéger, c’est... de la croyance ! Stupéfiante révélation que cette fonction cérébrale « paratonnerre ». Le militaire et le psychiatre constatent ensemble que face à l’incertitude, qui est un stress mais aussi un stimulant, il est possible de s’aguerrir pour, littéralement, raison garder.