Questionnaire de Socrate
Patricia Petibon : de vive voix
Patricia Petibon. © Jef Rabillon
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Cet article est issu du numéro 191 de Philosophie magazine, en kiosque le 03 juillet 2025.
La soprano aime parler aux fantômes : ceux de Mozart et de Haendel, mais aussi celui de son mari, le violoniste Didier Lockwood, disparu en 2018. Ce qui ne l’empêche pas de converser avec les vivants, notamment avec le compositeur Thierry Escaich, le metteur en scène Olivier Py et la cheffe de l’ensemble Amarillis Héloïse Gaillard… pour créer la pièce Tombeau pour Aliénor (parue sur le label Évidence). Celle qui s’est épanouie dans des rôles de grandes passionnées chercherait-elle l’apaisement ? « Aliénor d’Aquitaine n’est pas exactement un personnage lisse, elle a eu une vie sanglante et héroïque ! » Une vie qu’elle prolongera cet été, lors de sa Fest’Académie internationale « Les chants d’Ulysse » qui se tiendra du 5 au 13 juillet, à l’abbaye royale de Fontevraud.
Craignez-vous le silence ?
Non. Il m’arrive même d’avoir besoin de me taire, de devenir carrément muette.
Et la mort ?
Oui. Quand je passe par un cimetière, je ne rentre jamais directement chez moi, je vais d’abord dans un café, une librairie, peu importe. Je ne ramène pas les morts chez moi. Ce n’est pas de la superstition, c’est une mise à distance.
De quoi aimez-vous être ivre ?
À chaque concert, j’attends une métamorphose. Avec le trac et l’adrénaline, une réaction chimique se produit qui change le corps et l’esprit, et permet une forme de concentration très particulière. C’est presque une drogue. Un chanteur, ça respire plus que les autres, c’est un genre de mammifère marin. Tout cet oxygène met le cerveau ailleurs.