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Adèle Van Reeth face au souffle du vide : le billet de Martin Legros

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Adèle Van Reeth face au souffle du vide : le billet de Martin Legros

©Gallimard

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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine, en kiosque le 20 août 2026.

Que faire quand la vie déborde ? Dans son nouvel essai Adèle Van Reeth propose une réponse que vous fait découvrir Martin Legros dans son billet, en ouverture de nos pages « Livres ».

 

Le livre d’Adèle Van Reeth s’ouvre par un aveu, celui du vide dans lequel tombe tout ce qu’elle fait ou ressent. Avec le poète Henri Michaux, elle pourrait dire : « Ce n’est qu’un petit trou dans la poitrine / Mais il y souffle un vent terrible / Et ce n’est qu’un vent, un vide. » Sauf qu’elle a appris à le dissimuler, tant aux autres qu’à elle-même. Une heure à soi (Gallimard) énumère d’ailleurs ses stratégies d’évitement : manger, boire, fumer, jouir, travailler à l’excès… Tout relève de cette parade qu’elle exécute avec brio mais qui la consume. Et le récit d’une scène de retour du travail dans son foyer où ses enfants se disputent son attention achève de nous convaincre qu’elle est passée maîtresse dans l’art de (se) donner le change. Sauf que ce soir-là, justement, elle annonce qu’elle décide de se retirer pour quelques jours, seule, afin de se délester un temps des charges familiale et professionnelle qui sont en train de la faire craquer. Sans mentionner ses fonctions à la tête de la première radio de France, qu’elle a quittée après avoir vu son management contesté, Adèle Van Reeth ne cache pas l’état de « saturation perpétuelle » dans lequel l’exercice du pouvoir et la « gestion de crise » l’ont installée. Voulant mener de front sa carrière et sa maternité, elle s’est sentie « désalignée ». Et nous voilà « embarqués » dans cette retraite au sein d’un monastère ensoleillé où notre bourreau de travail tente de faire sienne l’expérience proposée par Pascal à tous les affairés de la terre : « demeurer en repos dans une chambre ». Philosophe de formation, Van Reeth ne peut s’empêcher, pour faire face à ce « vide ontologique », de disserter sur Pascal et son « monstre incompréhensible » comme sur le « sentiment de l’existence » de Rousseau, « qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir ». Mais sa confrontation avec la vie monacale nous fait entrer au cœur d’un trouble existentiel qu’elle a l’art de rendre partageable. Et on est plus que remué quand, au sortir de cette retraite, on la voit revenir dans un monde qui s’est entre-temps « évidé » de ses attaches mais où elle semble avoir trouvé une nouvelle assise. Sa vie a « volé en éclats », mais elle a appris à apprivoiser le vide, à lui faire une place.

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