Jeux de stratégie
Vous n’aurez pas mon joli mai ! La chronique de Michel Eltchaninoff
Bal à Pierrelatte (Drôme), après l'annonce de la capitulation allemande. 8-9 mai 1945. ©Roger-Viollet
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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine, en kiosque le 21 août 2025.
François Bayrou a proposé de supprimer deux jours fériés. Le Premier ministre oublie que les fameux ponts de printemps relient les jours mais aussi les êtres. Ils sont essentiels, comme le pense Rousseau, à notre idée de la république.
« Monsieur le Premier ministre, voici le résultat de nos réflexions : supprimez le jour férié de l’Ascension.
— Vous tombez bien bas… En plus, ça me permet de partir à Pau le mercredi soir.
— La Pentecôte, dans ce cas. Plus personne ne sait ce que ça représente.
— La France est sur une bien mauvaise pente…
— Le 15 août alors ?
— Ah non, pas question : on ne touche pas à la Vierge !
— Faisons travailler les gens le jour de la Fête du travail.
— Vous voulez la révolution ? »
Arbitrant entre sa foi catholique et l’équilibrisme centriste, François Bayrou a tranché : nous devrons travailler gratuitement le 8 mai et le lundi de Pâques, qui n’aurait « aucune signification religieuse ». Pourquoi prolonger la joie pascale (comme disent les théologiens) dans un pays déchristianisé ? Ce qui horripile le plus le chef du gouvernement, c’est que le mois de mai est « devenu un véritable gruyère ». Même si les dates des fêtes religieuses liées à Pâques sont variables, les Français ont eu de la chance cette année : les 1er et 8 mai tombaient un jeudi. Ça en a fait, des ponts. Si le Premier ministre parvient à imposer sa volonté (ce qui reste incertain), je serai sans doute plus productif – mais nettement moins en forme – l’année prochaine.