Tribune
Valentin Husson : “Pourquoi je défends l’interdiction du portable au lycée”
Dans la cour d’un lycée en France, au mois d’avril 2025. © Guillaume Bonnefont/IP3/Maxppp
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Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé son intention d’élargir l’interdiction du téléphone portable au lycée à partir de la rentrée prochaine, nous avons demandé au professeur de lycée Valentin Husson, auteur de Foules ressentimentales (Philosophie magazine Éditeur) et qui participait à cette rencontre, de nous livrer les arguments en faveur de cette mesure. Car pour lui, « retirer le portable aux lycéens, ce n’est pas les punir, c’est leur rendre l’attention dont ils ont besoin pour apprendre ».
Une mesure salutaire pour l’attention des élèves
J’ai été invité à titre de témoin, vendredi 28 novembre dans les Vosges, lors du débat public avec le président de la République sur les risques pour la démocratie des réseaux sociaux et des algorithmes. Mon essai Foules ressentimentales (Philosophie magazine Éditeur, 2025) a retenu l’attention des organisateurs : je suis intervenu sur les ingérences extérieures des usines à trolls, notamment ceux russes qui ont déjà attaqué la souveraineté de notre pays lors du mouvement des Gilets jaunes. Beaucoup d’annonces ont été faites par Emmanuel Macron. Les deux majeures ont concerné, premièrement, l’interdiction du téléphone portable au lycée dès la rentrée prochaine (« À la rentrée prochaine, on veut faire : plus de portable au lycée »), et un référé pour interdire la diffusion des fausses informations concernant un collectif ou une personne. Le référé aura pour visée de mettre en place une procédure judiciaire d’urgence afin de bloquer la diffusion de ces fake news pouvant nuire à la cohésion nationale ou à la dignité d’une personne.
“Je le constate en tant que professeur : l’incapacité à se concentrer longuement sur la parole de l’enseignant pousse les élèves à se distraire sur leur téléphone”
Je voudrais m’attarder sur cette première annonce. Après huit ans de manœuvres politiciennes qui ont laissé la grande majorité des Français dubitative, Emmanuel Macron annonce soudain des mesures qui font tout aussi largement consensus. Ces mesures de « salubrité publique », ainsi que le président les a nommées, satisfont et les parents et les professeurs désemparés devant la captation de l’attention opérée par le numérique. En tant que professeur de philosophie, mon expérience fait état de la difficulté grandissante des élèves à se concentrer lors d’un cours, de surcroît lorsqu’il est, comme c’est le cas dans notre discipline, magistral. L’incapacité à se concentrer longuement sur la parole de l’enseignant pousse les élèves à se distraire sur leur téléphone. Leçon pascalienne classique : l’être humain se divertit pour fuir l’ennui. Ainsi, de nombreux collègues se procurent des boîtes – par leurs propres moyens – afin d’y déposer en début d’heure les téléphones. C’est toutefois l’État, et les administrations qui en dépendent, qui devraient mettre en place des solutions concrètes pour que les professeurs puissent assurer leur métier dans les meilleures conditions.