Vie psychologique

“Trop hâte…” : mais pourquoi avons-nous tellement hâte de tout ?

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“Trop hâte…” : mais pourquoi avons-nous tellement hâte de tout ?

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« Hâte de lire », « trop hâte qu’on se voie », « tellement hâte d’y être »… Ces micro-formulations envahissent nos échanges numériques. Mais une telle « hâte » est-elle l’expression d’un désir vibrant ou le symptôme d’une incapacité nerveuse à habiter le présent ? Frédéric Manzini convoque Sénèque, Nietzsche et Hartmut Rosa pour l’analyser.


 

Que notre vie soit scandée par l’impatience est, en un sens, le propre de l’être humain. C’est un moteur de projection. L’enfant est par définition celui qui a « hâte » : hâte de grandir, hâte de vivre son anniversaire, etc. Parvenu à maturité, le rappeur Orelsan chante cette trajectoire avec une lucidité mélancolique :

“À onze ans, j’voulais juste en avoir treize
À treize ans, j’étais pressé d’voir le reste
Aujourd’hui, j’aimerais mieux qu’le temps s’arrête
Ah, c’qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la quête”

Aurélien Cotentin, dit Orelsan, La Quête

Ici, la hâte est d’abord une erreur de perspective. L’enfant croit que le bonheur se situe dans l’étape suivante, avant de réaliser, une fois adulte, que la hâte a dévoré la saveur des années franchies. Le drame de l’adulte contemporain est de conserver ce réflexe enfantin de la projection permanente sans pour autant en garder la candeur. Nous sommes restés des êtres de « hâte », mais une hâte sans objet précis, une hâte qui ressemble davantage à un tic nerveux qu’à un élan vital.

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