Cinéma
“Spectateurs !” : écran de vérité
Spectateurs ! De et avec Arnaud Desplechin. Avec Louis Birman, Dominique Païni, Clément Hervieu-Léger. © CG-Cinema
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Cet article est issu du numéro 186 de Philosophie magazine, en kiosque le 16 janvier 2025.
Avec son nouveau film, Arnaud Desplechin livre une déclaration d'amour au cinéma en égrenant ses souvenirs de salles obscures. Cet apprentissage du réel par la fiction conduit-il à un « perfectionnement moral », comme le croyait le philosophe Stanley Cavell ?
Qu’arrive-t-il à la réalité quand elle est projetée ? Cette belle question métaphysique est l’une de celles que pose cet essai de cinéma d’Arnaud Desplechin. Dédié au septième art, il se compose d’archives et d’extraits empruntés à des réalisateurs en tous genres, auxquels s’associent des souvenirs personnels, des entretiens avec des intellectuels mais aussi avec des spectateurs. La réalisation paraît foisonnante, éclectique, voire kaléidoscopique. Car la réalité projetée sur écran « scintille de significations », selon les mots mêmes du narrateur. Chapitré comme un roman d’apprentissage, le film retrace la formation de cinéphile de son personnage principal, Paul Dédalus, depuis sa première séance avec sa grand-mère (un Fantômas) en passant par ses cours à la fac de Censier et jusqu’à sa rencontre avec Claude Lanzmann – il témoigne combien la projection de Shoah (plus de neuf heures en deux séances) a bouleversé sa vie de spectateur. Le réalisateur joue son propre rôle et convoque ses références, parmi lesquelles le philosophe Stanley Cavell, qu’introduit en spécialiste, dans une drôle de scène au café avec des étudiants, la professeure Sandra Laugier. Pour Cavell, le cinéma est moteur d’un « perfectionnement moral ». En nous confrontant à des situations et à des émotions, il nous fait grandir en pointant ce qui importe pour nous. Selon ce penseur sceptique, le cinéma est ainsi une expérience à part entière. Il ne représente pas un autre monde, alternatif. Il nous extirpe de celui dans lequel nous vivons pour nous placer en spectateur devant son reflet, projeté sur l’écran. Ainsi, paradoxalement, « l’écran révèle », poursuit le narrateur dans un aphorisme. Et « enfin, le monde signifie » !