Entretien

Sari Nusseibeh : “Netanyahou veut faire de la Palestine une énorme zone sécuritaire sous contrôle israélien”

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Sari Nusseibeh : “Netanyahou veut faire de la Palestine une énorme zone sécuritaire sous contrôle israélien”

Sari Nusseibeh. © Basso Cannarsa/Opale.photo

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Alors qu’Israël envisage de s’emparer de Gaza, après avoir quasiment détruit toutes les infrastructures, déplacé la population et provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes, le philosophe palestinien Sari Nusseibeh alerte sur la remise en question de l’existence de la Palestine… tout en conservant l’espoir d’une paix lointaine.


 

Comment voyez-vous la situation à Gaza, un an et demi après le massacre du 7 octobre 2023 ? 

Sari Nusseibeh : La situation est effroyable. Gaza est anéantie démographiquement, sa population affamée, les écoles et les hôpitaux bombardés nuit et jour, l’aide humanitaire bloquée… On ne sait plus où sont les gens, où ni comment ils vivent. Il faudra bien à un moment donné que les bombardements s’arrêtent, que les otages soient rendus et que la vie reprenne son cours. Mais je suis très inquiet sur l’avenir. Le prix payé par les Palestiniens pour l’attaque du Hamas est exorbitant. La santé et l’éducation sont en miettes. Or ce sont les fondements de l’avenir. Si vous n’êtes plus à même de parler, de penser, de raisonner, comment voulez-vous faire la paix avec votre adversaire ? Israël cherche à s’assurer l’hégémonie. Et cela ne peut manquer à termes de produire de nouvelles explosions.

“Si vous n’êtes plus à même de parler, de penser, de raisonner, comment voulez-vous faire la paix avec votre adversaire ?” Sari Nusseibeh

 

Vous-même, avez-vous des proches à Gaza ? 

Personnellement, je n’ai plus été à Gaza depuis 17 ans, au moment de la fermeture du territoire. Depuis lors, les Palestiniens de Jérusalem-Est ou de Cisjordanie ne sont plus autorisé à s’y rendre, à moins qu’ils ne travaillent pour une ONG ou une organisation internationale. Mais les liens subsistaient. Pour ma part, j’ai beaucoup de parents, du côté de ma mère, qui vivent à Gaza. Et j’y ai même fêté mon mariage sur une plage… après la cérémonie officielle à Jérusalem. Nombre d’entre eux sont morts au cours des derniers mois. Avec 60 000 victimes sur un espace aussi réduit, toutes les familles palestiniennes ou presque ont perdu des proches et sont en deuil. Les Palestiniens en dehors de Gaza se sentent impuissants à venir en aide à leurs proches et cela rajoute à leur colère. Nous en sommes réduits à protester et à crier notre douleur… sans beaucoup d’effet.

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