Exposition
Rétrospective Calder : quand Jean-Paul Sartre décelait un “sens profond” aux mobiles
Alexander Calder, “Dispersed Objects with Brass Gong”, 1948. Laiton, feuille de métal, fil de fer et peinture. Shirley Family Calder Collection, promised gift to the Seattle Art Museum. © 2026 Calder Foundation, New York/ADAGP, Paris/Photo : Courtesy of Calder Foundation, New York/Art Resource, New York
Cet article est réservé aux abonnés.
La fondation Louis-Vuitton célèbre Alexander Calder en France avec une rétrospective qui rassemble près de 300 œuvres, du 15 avril au 16 août 2026. L’occasion de relire le bref et lumineux texte que lui a consacré Sartre. Pour le philosophe de l’existence, ces suspensions de fil et de métal incarnent des figures sensibles de la liberté.
C’est en 1946, après une exposition à la galerie Louis Carré à Paris, que Jean-Paul Sartre publie son petit essai de quelques pages sur Alexander Calder. Le sculpteur américain (1898-1976), qui jouit déjà d’une solide réputation dans l’avant-garde artistique, fait ainsi l’objet d’une lecture contribuant à l’imposer encore plus fermement dans l’histoire de l’art. « Les mobiles de Calder », pour reprendre le titre du texte de Sartre, sont vus comme des objets hybrides qui défient les catégories traditionnelles de l’esthétique grâce à un sens « profond et comme métaphysique ».
Des mobiles qui ne représentent pas le mouvement, mais qui sont le mouvement
Dès le début de son petit essai, Sartre opère une distinction radicale : un mobile n’est pas une sculpture. Pourquoi ? Parce que la sculpture traditionnelle, selon lui, tente de « graver le mouvement dans l’immobile », autrement dit le fixer dans l’éternité de la pierre ou du bronze. On peut penser à la manière dont la sculpture classique suggère un mouvement par la tension d’un muscle ou par un déséquilibre, comme dans une sorte de trompe-l’œil qui donne l’illusion du mouvement. Les mobiles, au contraire, se caractérisent par le fait qu’ils bougent avec l’air ambiant.