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Qui était Hélène Rytmann, tuée par son mari Louis Althusser ?

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Qui était Hélène Rytmann, tuée par son mari Louis Althusser ?

© Éditions Julliard

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On ne sait presque rien d’elle, sinon qu’elle a été étranglée à mort par son mari le philosophe Louis Althusser, en 1980. Dans un récit biographique écrit avec empathie, Les Fragments d’Hélène (Julliard, 2025) la journaliste Johanna Luyssen s’intéresse à la figure de cette femme oubliée et interroge un uxoricide à la fois banal et hors du commun.


 

On ne sait même pas exactement comment il faudrait l’appeler, et c’est déjà tout sauf anecdotique. Faut-il l’appeler Hélène Althusser, puisqu’elle a été mariée avec Louis ? À l’évidence pourtant, il serait particulièrement impudent de la désigner par son nom d’épouse qui n’est autre que le nom de son meurtrier. Plutôt Hélène Rytmann (voire Rittmann, puisque c’est le premier nom biffé sur son acte de naissance et également le nom paternel), qui est l’identité qui figure sur les documents officiels de l’état civil ? Ou Hélène Legotien, du nom qu’elle s’est donnée quand elle s’est engagée dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale ? Et pourquoi pas Hélène Rytmann-Legotien ? Johanna Luyssen, journaliste à Libération et autrice de la première grande biographie de cette femme, s’est finalement résolue à « l’appeler Hélène », tout simplement, en s’étonnant elle-même de son choix.

“C’est drôle parce que chez les féministes, on se méfie des personnes qui appellent les femmes par leur prénom. J’ai passé des années à lutter contre les gens qui disaient ‘Ségolène’ ou ‘Rachida’, et me voilà qui tourne autour d’‘Hélène’. Mais les choses se meuvent dans la vie et il m’a semblé que ce prénom disait tout d’elle, et la poésie et la mer, et la force et le langage. Il m’a semblé que le prénom Hélène la révélait davantage que ses patronymes changeants, ses noms de code et d’épouse. Il racontait aussi sans doute la tragédie qui l’attendait”

Johanna Luyssen, Les Fragments d’Hélène (Julliard, 2025)

Allant chercher dans les archives personnelles situées à l’Imec, dans les journaux de l’époque, au cimetière de Bagneux où elle est enterrée, voici donc une enquête écrite à la première personne, qui se revendique ouvertement du « féminisme » et qui retrace de manière aussi sensible que poignante l’histoire de cette femme née en 1910 et morte en 1980, à laquelle l’histoire n’a jamais réellement prêté attention. Une femme juive, entrée au Parti communiste en 1922, résistante, qui a fréquenté Albert Camus et le couple formé par Louis Aragon et Elsa Triolet, dont le rôle dans la résistance semble avoir été important mais qui a pourtant subi diverses accusations (d’avoir torturé des collabos ? d’avoir aidé à la relaxe d’un tortionnaire ?) qui ont conduit à son exclusion du Parti.

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